Welcome : L’immigration pour les nuls

18/03/2009 10:20Alexandre Mathis

Philippe Lioret se charge d’un sujet hautement politique à savoir l’immigration. Brillant par moments, mais seulement par moments.

Welcome : L’immigration pour les nuls

Philippe Lioret se charge d’un sujet hautement politique à savoir l’immigration. Brillant par moments, mais seulement par moments.

Après le succès de Je vais bien ne t’en fais pas il y a deux ans, Philippe Lioret prend le risque de traiter d’un sujet qu’affectionne notre gouvernement : l’immigration. Là où Éden à l’Ouest nous servait une recette nian-nian et indigeste sur l’optimisme de l’immigration avec une métaphore de la France comme d’un nouveau paradis, Welcome est bien plus réaliste et poignant. Lorsque le jeune kurde Bilal, joué par le méconnu et pourtant excellent Firat Ayverdi, débarque en France, c’est pour fuir la guerre et retrouver sa petite amie en Angleterre. Seulement, voilà, entre Calais et l’île Britannique, il y a la Manche. Dans la première partie de son film, le réalisateur s’efforce de montrer la désillusion de Bilal, montrant que ce n’est qu’un destin parmi tant d’autres, que le passage par les camions est presque impossible, que la survie est un combat quotidien. C’est précis, documenté, réaliste, à charge contre la politique policière actuelle. À ce moment, on tient l’un des meilleurs films français vus depuis bien longtemps.

Malheureusement, le sujet perd de sa superbe avec l’histoire de Simon (Vincent Lindon), maître nageur à Calais. Lioret nous désaxe la trame du film sur cette histoire d’un homme qui veut impressionner sa femme. Elle est bénévole pour l’aide des sans-papiers, lui ne bouge pas un poil. Alors, pour la reconquérir, il prend sous son aile Bilal, faisant fi des poursuites qu’il risque. Ainsi, Welcome devient une dénonciation contre les poursuites qu’encourent les gens qui aident les clandestins.

Mais en ne montrant presque que Lindon à l’écran et pas assez Firat, Lioret perd pied. Nous bassiner avec l’histoire d’amour perdue du maître nageur n’est guère judicieux. On a comme l’impression que Lindon- par ailleurs irréprochable, tout en subtilité, ni tout blanc ni tout noir-, sert à attirer les spectateurs, à les occuper. Le sujet de fond doit passer en douceur auprès du plus grand nombre. Occupons-les avec une histoire bien typique du cinéma français, bien lourdingue. Cela se sent dans les scènes où Farit et Simon sont dans la même pièce. Systématiquement, la caméra suit le regard, les intentions, les états d’âme du Calaisien. Or, soyons francs, ce qui nous titille vraiment, c’est d’avoir l’histoire de Farit. Simon/Lindon n’aurait dû être que périphérique, enrichissant, comme une sorte de journaliste nous éclairant sur la vie de l’immigré. Lioret n’applique cette formule que dans la scène où Lindon l’interroge sur sa vie, engloutissant en même temps leur pizza. À ce seul moment, le personnage de Simon est détaché de sa vie personnelle. On ressort donc un peu frustré, en ayant l’impression d’avoir vu par moments un chef-d’œuvre gâché par une machine commerciale qui s’appelle l’amour.

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