Vouloir être honnête peut défrayer la chronique

12/06/2008 14:38Thibault Coudray

Lancé en 2001 par son directeur de publication, Ahmed Réda Benchemsi, Tel Quel est l’hebdomadaire francophone le plus lu au Maroc. Tiré à environ 25 000 exemplaires par semaine, il est distribué dans l’intégralité du pays. Son objectif est clair : peindre le Maroc tel qu’il est. Une tâche non sans danger.

La ligne éditoriale de Tel Quel fait de ce journal un ovni de la presse marocaine. Sa volonté de représenter un Maroc « sans complaisance » l’a poussé à aborder des sujets jusque-là tabous : la monarchie, le Sahara occidental, la religion, le sexe, etc
La ligne éditoriale de Tel Quel fait de ce journal un ovni de la presse marocaine. Sa volonté de représenter un Maroc « sans complaisance » l’a poussé à aborder des sujets jusque-là tabous : la monarchie, le Sahara occidental, la religion, le sexe, etc

La ligne éditoriale de Tel Quel fait de ce journal un ovni de la presse marocaine. Sa volonté de représenter un Maroc « sans complaisance » l’a poussé à aborder des sujets jusque-là tabous : la monarchie, le Sahara occidental, la religion, le sexe, etc. « Ces thèmes sont sensibles, explique Youssef Ziraoui, un journaliste de la rédaction. Il serait suicidaire d’aborder certains sujets de front. Mais il y a l’art et la manière. On peut être suggestif… » Tel Quel est un projet audacieux. Il est la cible de nombreux procès. « Notre seule véritable ligne rouge, c’est l’éthique », résume le reporter marocain.

« Tel Quel, les gens aiment et détestent », décrit Youssef Ziraoui. En effet, nombreux sont les articles qui dérangent la bienséance. Parfois les lecteurs reprochent à l’hebdomadaire de traiter toujours les mêmes sujets. « Il est vrai que l’on parle beaucoup du roi, mais ce terrain glissant a été délaissé pendant des décennies, rétorque le jeune journaliste. Il faut rattraper le temps perdu. »

A contrario, certains sujets, apparemment peu susceptibles de faire des couvertures, sont fédérateurs. « Notamment ceux en rapport avec l’histoire, raconte Youssef Ziraoui. Les Marocains ne connaissent pas leur histoire. Notre approche étant à contre-courant de l’approche officielle, elle intéresse les gens. » Ainsi, un lectorat fidèle, composé de Marocains, mais également de MRE (Marocains expatriés), s’est formé autour du journal. On le voit notamment lors des procès qu’essuie l’hebdomadaire. « Il y a souvent une forte mobilisation », informe le journaliste.

« On ne se prend pas au sérieux, mais on fait un travail sérieux »

Si Tel Quel parvient à tirer son épingle du jeu, c’est grâce à « son talent », justifie en rigolant Youssef Ziraoui. « Le traitement que fait Tel Quel des sujets est un travail de qualité, affirme le journaliste. Les résultats suivent. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un tirage de 25 000 exemplaires ! »

Pour chacun de leurs articles, les journalistes recoupent leurs sources, donnant la parole aux deux camps quand il y a polémique. Ils ne veulent en aucun cas dénigrer ou diffamer qui que ce soit. « On n’est pas là pour lyncher, insiste Youssef Ziraoui. Globalement, les personnes acceptent d’être interviewées. On arrive à parler avec à peu près tout le monde, sauf le Roi. »

Un public assidu sans être un contre-pouvoir

Bureau de Tel Quel à Casablanca - Youssef Ziraoui« On nous compare parfois à Marianne, déclare Youssef Ziraoui. C’est très flatteur pour nous-mêmes s’il n’y a pas de volonté réelle d’imiter un autre magazine. » Seul bémol, comme le journal est francophone, il ne touche qu’une petite partie de la population. Celle-ci n’est qu’à 50 % alphabétisée et seule une minorité de personnes lettrées connaît suffisamment le français pour le lire. « Nous ne serons jamais le contre-pouvoir qu’est Marianne en France, concède Youssef Ziraoui. Cependant, nous nous sommes engagés dans une voie et, tant qu’on n’a pas mis la clé sous la porte, on continuera. »

www.telquel-online.com

Lire aussi : Moins de censure plus de procès

Distinction francophone liberté de la presse pour 2 journalistes de TelQuel

Les journalistes marocains Youssef Ziraoui et Mehdi Sekkouri Alaoui ont reçu le Prix francophone de la liberté de la presse, catégorie presse écrite, décerné par Radio France Internationale, Reporters sans Frontières et l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Ce prix a pour but de découvrir et d’encourager des talents journalistiques dans les pays de l’OIF et de les promouvoir sur le plan international. Il récompense le meilleur reportage d’actualité sur les droits de l’Homme dans quatre catégories, presse écrite, photographie, dessin de presse et radio.

Les lauréats de ce prix bénéficient chacun d’une enveloppe de 2.500 euros, d’une invitation de trois jours à Paris et d’une promotion internationale radio, TV et presse écrite.

Youssef Ziraoui est né le 27 décembre 1979 à Casablanca (Maroc) etMehdi Sekkouri Alaoui le 24 février 1980 à Casablanca également. Ils sont tous les deux journalistes à TelQuel Magazine à Casablanca (Maroc). Leur article, intitulé « Sur la piste du sniper de Targuist », a été publié dans TelQuel Magazine, du 6 au 12 octobre 2007.

En juillet 2007, le Maroc avait découvert Targuist, bourgade rifaine de 12 000 habitants, sur une vidéo postée sur le site de partage Youtube par un mystérieux « Sniper ». Armé de son caméscope numérique, ce Robin du web filme, sur un barrage routier, des gendarmes en flagrant délit de corruption. En quelques semaines, la vidéo est visionnée par plus de 500 000 internautes ! Le reportage dévoile qui se cache derrière ce mystérieux « Sniper ».

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