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Volcan, mon amour
06/08/2009 13:22Alexandre MathisLa Réunion - Volcan
Plus fascinant qu’inquiétant, le piton de la Fournaise suscite une profonde curiosité. Touristes, habitants et scientifiques s’accordent sur la magnificence de cette montagne de feu, à surveiller de près, pour la science et la sécurité.
« Tu penses qu’on va voir la lave dans le cratère ? », demande David à son fils. « Oui ! », lui répond émerveillé Achille. Pas de chance pour ces touristes venus à la Réunion en famille et avec des amis, le piton de la Fournaise est très calme. Seul le brouillard trouble le paysage. « C’est un peu un regret. Je suis Réunionnais de naissance et quand je suis revenu en 2003, il y avait une éruption. Aujourd’hui, on ne verra rien », se désole le père. Pas de quoi s’attrister, le spectacle qui s’offre aux touristes vaut le coup d’œil. À perte de vue s’étendent des coulées de lave refroidies. Pour avoir droit à « cette merveille tout bonnement lunaire ! », comme le décrit Frédéric, un Nîmois, il faut descendre dans la zone Est de la région appelée l’Enclos, une partie de l’île recouverte de roche volcanique. La grande majorité des coulées se déroulent ici.
Les randonnées attirent foule de touristes qui, armés de leurs chaussures de marche et de leur excitation, parcourent les chemins balisés. Les plus sportifs peuvent admirer de loin les cratères Dolomieu et Bory. Interdiction néanmoins de les approcher depuis l’effondrement du premier en 2007. Lors de l’éruption qui eut lieu en avril, le cratère s’est affaissé de plus de 300 mètres. La raison : une vidange de la chambre magmatique. « J’en ai vu des coulées, mais celle de 2007 était la plus impressionnante », affirme Pierre Dalleau. Sa maison, qui abrite un restaurant, s’est retrouvée à une centaine de mètres du danger. « Je n’étais pas inquiet, on sortait, on allait assister au spectacle. Il y avait des voitures au bord de la route sur plusieurs kilomètres ! »
Mon p’tit piton
Malgré l’allure impressionnante de la masse rocheuse, les Réunionnais l’ont adopté. « Je l’aime mon volcan ! », clame Pierre Dalleau. Une véritable ferveur anime les habitants quand le piton se met à gronder. « Ça fait énormément de bruit, se remémore le restaurateur, on ressent les secousses de l’éruption. Pas étonnant que notre village s’appelle le Tremblet. Nous avions conscience d’un événement unique, parce que nous pensions que la lave allait sortir de l’Enclos. » Face aux menaces pour les habitations, les forestiers et les gendarmes évacuent la population. « En fait, l’originalité de l’éruption provenait du sommet, avec l’effondrement du cratère », conclut Dalleau.
Patrice Huet, responsable du service des publics à la Maison du Volcan et géologue de formation, revient sur les dangers d’éventuelles coulées hors Enclos : « Aucune commune n’est vraiment à l’abri, et des villes comme St-Philippe ou Ste-Rose pourraient un jour être menacées. Il faut comprendre que la pression de millions de m3 de roche en fusion pousse à la surface, et cela peut sortir n’importe où ». La vaste zone sur laquelle passe la majorité des coulées porte le nom évocateur de Grand Brûlé. À l’emplacement des coulées de 2006, le spectacle surprend. Par endroits, les pierres encore chaudes couvrent un sol à 200 °C deux mètres plus bas. La vapeur d’eau, engendrée par une rosée matinale en contact avec le four interne des pierres, s’échappe. Décor apocalyptique. « Quand tout ça arrive vers la mer, des orages volcaniques très bruyants se créent. La route nationale doit être refaite à chaque fois, la flore est décimée, les flammes envahissent le ciel. Toute lumière éteinte, on y voit comme en plein jour », rapporte Pierre, avec un air presque blasé. Au bout de trois ans, la nature ne reprend ses droits que grâce à quelques fougères. Il faudra attendre 200 ans avant de retrouver une véritable forêt.
La Fournaise offre de beaux spectacles aux risques peu élevés … à condition de prendre quelques précautions. « Les gens sont imprudents, se désole Jean-Claude Lavernay, ami des Dalleau et lui aussi habitant du Tremblet. Des parents viennent avec leurs marmailles en tee-shirt en pleine nuit. Moi je leur dis : « Ils ne seraient pas mieux couchés ? » ». Pour éviter toute embûche, des parcours sont balisés. Ces interdits suscitent la frustration d’une partie des habitants qui pensent qu’on les prive de leur volcan. Conséquence : ils ne les respectent pas. « En 2003, un jeune intrépide est tombé dans une faille à plus de 200 °C. Cette mort a obligé les autorités à renforcer les précautions. Mais les gendarmes ne sanctionnent pas assez, déplore Jean-Claude, hormis une fois où ils ont mis une amende à ceux qui s’étaient trop approchés du cratère du Dolomieu. »
Le « volcan laboratoire »
Les scientifiques, eux, le côtoient de près. « On s’y est rendu à peine trois jours après l’effondrement du Dolomieu, confesse Patrice Huet. On mesure les risques, on fait attention. » La Fournaise connaît des éruptions de type effusives, donc moins dangereuses que les activités volcaniques explosives (voir encadré ci-contre) comme pour l’Etna en Italie. « Le piton émergea d’un point chaud il y a 60 millions d’années. Les éruptions sont créées par une poussée provoquant des débordements. Elles s’arrêtent quand il n’y a plus de gaz », vulgarise Patrice Huet de la maison du Volcan. Grâce à cette structure, les scientifiques de l’observatoire surveillent de près la bête. De Cilaos à Ste-Rose en passant par Dolomieu, un réseau de surveillance complexe quadrille ses moindres faits et gestes.
Ainsi, des stations sismiques, des extensomètres (qui mesurent les mouvements sur les failles) ou encore des sondes à radon (un gaz radioactif dégagé lorsque le magma remonte) sont autant d’outils utiles à l’observatoire. « Le renfort des images satellites nous facilite les analyses », estime Valérie Ferrazzini, sismologue depuis 14 ans. Quand elle parle de « son » volcan, ses yeux s’illuminent d’une ardeur passionnelle aussi bouillante que le magma en fusion. Les gestes accompagnent la parole, le phrasé se fait plus enjoué. En grande spécialiste de la surveillance, elle décrypte chaque activité sismique potentielle. Ces dernières signalent les risques avant-coureurs d’une entrée en éruption du monstre. « Je vois plus de choses depuis mon ordinateur que le mec sur le terrain parfois ! Je l’appelle, je lui signale qu’une coulée se produit par exemple. » Frustrée de rester dans son bureau ? « Non, je vais le voir de temps en temps ! De toute façon, il y a un système de surveillance tournant. En plus, la nuit, s’il y a plus de trois séismes, l’ordinateur appelle automatiquement sur mon téléphone afin de me prévenir. » Pas de fantasme non plus, la Réunion n’est pas une plaque qui tremble en permanence. Comme l’explique Patrice Huet, « les tremblements de terre sont peu puissants, moins de 2 de magnitude sur l’échelle de Richter, c’est-à-dire indétectables par les êtres humains. Leur nombre et leur fréquence augmentent si l’éruption approche. On est sûr qu’elle va avoir lieu quand on constate un phénomène d’inflation. Le cratère gonfle sous l’effet de la pression magmatique. »
D’après Valérie, la sismologue, ce « volcan laboratoire » est le plus connu du monde. Plus encore que celui d’Hawaii, le Kilauea. « Les zones intéressantes sont plus accessibles, et le grand public peut en profiter. » L’ancien directeur de l’observatoire, Thomas Staudacher, récupère des échantillons de laves en fusion. « On s’approche de la coulée à deux, avec des combinaisons de pilotes de Formule 1. J’ai une pelle de deux mètres pour prendre un morceau. Mon collègue me tend un sceau pour plonger la lave en fusion dans l’eau. La température n’est pas supportable plus d’une minute si l’on s’approche à moins d’un mètre du magma. » Ce refroidissement permet de cristalliser la roche avant qu’elle ne s’oxyde à l’air. « On peut ainsi étudier la composition de l’intérieur du cratère. Décisif pour la recherche », justifie le professeur Staudacher. Dernièrement, une étrange découverte intrigue. « On a retrouvé une roche proche de la pierre ponce au cratère du Dolomieu, s’étonne Patrice Huet, c’est la première fois. »
Découverte prometteuse ? Ce qui est certain, c’est qu’un seul caillou peut éblouir ces mordus de savoir. Pour preuve, ils ne comptent pas les heures, ni le danger. « Une nuit de cyclone, plusieurs de nos appareils sont tombés en panne, ce qui posait problème pour l’observation, se souvient Valérie Ferrazzini de l’observatoire. Notre électronicien, Philippe Kowalski est sorti malgré le péril. Il a franchi des côtes très compliquées et a remis en état un instrument de mesure. » Que ne ferait-on pas pour son volcan ?
Lire aussi :
Le Piton dans tous ses états
La "plage" du volcan ...
1Un paysage extraordinaire.
2Cette pierre noire est celle de la lave du Piton!
3Une plage façonnée par le volcan.
4On ne se bouscule pas à la plage du volcan.
5Un lieu solitaire...
L'observatoire...
6Un habit indispensable lors des coulées de lave
7Un extensomètre.
8L'armada de surveillance du volcan est impressionnante
9De nombreux gaz toxiques, comme le radon, emanent des coulées de lave. Il faut se protéger!
10Valérie Ferrazzini, de l'observatoire.
L'enclos...
11Un peu de vie...
12Un autre monde.
13La lave, toujours de la lave.
14Le Pas de Bellecombe se situe à 2 311 mètres d'altitude.
15L'endroit est très prisé des touristes.
16Le Formica Leo est un petit cône volcanique, atypique pour le touriste.
17Un épais brouillard recouvre le sommet du volcan.
18La randonnée est ardue sur ce sol volcanique.
19A l'intérieur du Formica Leo.
20Les touristes viennent nombreux pour admirer le paysage.
21Le Pas de Bellecombe se situe à 2 311 mètres d'altitude.
22Un peu de vie dans ce paysage lunaire.
23Un autre monde.
24De la vie dans ce paysage lunaire...
La plaine des sables...
25Un endroit idéal pour les randonneurs.
26Le vert de la nature fera bientôt place au noir de la lave.
27La plaine des sables est dominée par le piton Chisny.
28Le début de la plaine des sables.
29Une route spéciale...
30Un panneau anormal...
31Dans les plaine des sables.
32Au-dessus des nuages...
33Un endroit touristique.
34La plaine des Cafres se situe entre le Piton des Neiges et celui de la Fournaise.
35La plaine des sables est le passage obligatoire pour rejoindre le Piton.
36La plaine des sables offre un paysage d'un autre genre.
Les coulées de lave...
37Les fumerolles, vestiges de la coulée 2007, montrent que la lave est toujours chaude.
38Les coulées sont traversées par une route... refaite à chaque éruption!
39La vie reprend petit à petit ses droits.
40Les dangers liés au Piton restent importants.
41Un trésor géologique...
42Les coulées: vue générale
43On peut aussi y recueillir des pierres volcaniques... à moindre coût.
44Un endroit très prisé.
45Les touristes peuvent approcher les fumerolles au plus près.
46Les coulées de lave s'étendent du Piton à l'océan.
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