Vivre ensemble avec ses différences : dans une ZEP.

13/07/2006 08:50Andreea Bungiu, George IspasoiuTypo Roumanie Chalon sur Saône
Maroc, Algérie, Angola, Yougoslavie, Turquie, Roumanie, Azerbaïdjan, et... France, ce sont les pays d'origine des enfants des ZEP. Le collège « Jean Zay » de Chalon sur Saône a 320 élèves dont 70 à la SEGPA – une section spécialisée pour les enfants légèrement en retard scolaire.

À l'entrée en 6° ils ont un retard de deux ans. Le collège accueille aussi une ou deux fois par semaine des « élèves primo-arrivants » venant d'autres établissements, pour des cours de français. Récemment installés en France, ces élèves ne maîtrisent pas le français courant. Certains sont entrés par des filières clandestines mais tous bénéficient de mêmes droits jusqu'à 18 ans : protection de l'enfant et scolarisation. Pour beaucoup d'entre eux la scolarisation dans le pays d'origine est marquée « 0 ».
Le principal du collège « Jean Zay » est un homme souriant, accueillant : M. Francis Benoît a beaucoup d'expérience, il connaît la vie de l'établissement et la vie de ses élèves : « Globalement ça se passe bien », affirme-t-il quoique les problèmes ne manquent pas dans une telle école. Il ne nous cache pas les aspects négatifs : le manque d'émulation chez les élèves, la grande pauvreté du quartier (73 % des élèves sont des boursiers), l'école est le dernier souci de la famille. Mais les exceptions ne manquent pas : un Kosovar a eu son bac en 4 ans. Le principal semble très touché par l'histoire de cette famille : les parents, enseignants dans leur pays d'origine, ont sacrifié leur vie pour l'avenir de l'enfant. L'origine des élèves est en concordance avec l'actualité.
 Parmi les points faibles du Collège « Jean Zay » le Principal cite la démographie scolaire du quartier qui est en baisse. De plus la vie de l'établissement suit en général la vie du quartier : après la période nommée « les 30 glorieuses » les immigrés y sont devenus de plus en plus nombreux et les premiers habitants ont quitté la zone ; ils se sont construits des maisons dans les villages qui entourent Chalon et leur place a été occupée par les immigrés. Avec leurs problèmes.
 Conformément « à la carte scolaire » les enfants du quartier doivent s'inscrire dans cet établissement, mais « les stratégies » de certaines familles pour y échapper sont très diverses : Beaucoup inscrivent les enfants dans une école privée, et le Principal ajoute légèrement amusé : « Comme par hasard, à la sortie du quartier, il y a un collège privé ». Il y a des familles où le garçon est inscrit à « Jean Zay » et la fille, considérée plus frêle est inscrite dans le collège privé. Même si le collège n'a pas de cas graves de violence – dans ces quartiers « il n'y a pas de places pour les faibles » : l'exemple le plus amusant est celui de l'équipe féminine de rugby de l'école qui vient de gagner une médaille.

« Ceux qui disent que les ZEP vont mal n'ont pas tout à fait raison », affirme le Principal. Ses affirmations sont approuvées par son adjointe – Mme Nathalie Pistoressi – professeur d'italien, dynamique, très active, souriante toujours : « rebelle dans sa jeunesse, issue elle-même d'une ZEP », la présente le Principal. Elle est très jeune, preuve supplémentaire que la réussite existe dans les ZEP aussi. Leur mécontentement part d'une idée très simple : « Ceux qui disent que les ZEP marchent mal rapportent les chiffres aux statistiques nationales. Mais ces adolescents sont quelque chose de « gagné », même s'ils ne continuent pas leurs études en filière de longue durée. Ils obtiennent les savoir-faire nécessaires à un métier, ils se débrouillent mieux que leurs parents, ils sont intégrés socialement. Même si le bilan des ZEP est négatif quant à la statistique, il y a des résultats notables : les élèves apprennent le français, ils acquièrent un comportement social adéquat. M Benoît se rappelle le cas d'un élève arrivé dans son bureau qui, à l'invitation « assieds - toi » s'est assis... par terre !
 Si les différences en ce qui concerne les programmes et l'emploi du temps n'existent pas entre les ZEP et les autres établissements, le travail des professeurs y est plus difficile. Et M. Benoît ne pense pas à la violence, car dans son établissement on a eu récemment un seul cas d'agression : un professeur renversé de son siège, il pense à la pédagogie différente, à la patience des enseignants, « à leurs qualités humaines et pédagogiques ». Et tout cela pour un peu plus de 100 Euros à leur salaire ! La prime ZEP. Les activités périscolaires ne sont pas négligées : ces enfants sont attirés par le sport, l'expression corporelle, la musique – les arts plastiques.
 À la question sur l'avenir des ZEP, car les ZEP sont vouées à disparaître,
le Principal est méfiant : on aura un autre emplacement, on aura un autre nom mais les problèmes restent. M. Benoît croit au principe des chances égales dans l'éducation : « Il faut vivre ensemble avec ses différences, dans le respect des valeurs républicaines et laïques. L'absence de mixité entraîne la méconnaissance et la peur de l'autre : les événements récents en sont l'illustration », déclare-t- il.

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