Une vie dans la rue

28/12/2008 21:56Alexis HontangChalon

Hervé vit dans la rue depuis l’âge de 10 ans. Aujourd’hui âgé de 26 ans, il dénonce « un système de gaspillage », tout en restant lucide sur sa situation personnelle.

 

Il est vingt heures sous la froideur chalonnaise. Comme d’autres compagnons d’infortune, Hervé est au rendez-vous. « Je dois bien manger, non ? », dit-il, « Et puis ici, les repas sont bons. » Sauf qu’Hervé n’est pas totalement comme les autres qui se dirigent vers les bénévoles au blouson rose fluorescent. Il est plus jeune – il a 26 ans –, s’exprime dans un français très convenable et partage sa vie avec une amie et… son chien.

 

S’il est là aujourd’hui, c’est parce qu’il a mené « une vie en dents de scie ». Originaire de Reims, ce jeune homme au bouc blond et aux piercings discrets a commencé à arpenter les rues dès l’âge de 10 ans avec sa mère SDF ; à boire sérieusement à 15 ans. « J’ai voulu faire un BEP vente, mais quand on est SDF, c’est très difficile de suivre ses études. J’ai eu un travail dans le commerce, mais je ne supportais pas de sourire aux gens pour leur vendre n’importe quoi ». Hervé a aussi un enfant, « qui vit bien avec sa mère qui, elle, a un domicile ».

Le jeune homme ne s’accable pas sur son sort, bien loin de là. Cet été, les emplois saisonniers qui foisonnent dans le sud de la France l’ont tenté. « Mais, cela n’a pas pu se faire… », regrette-t-il. Pour le réveillon, il s’en va rejoindre des amis à Toulouse.

 

Il a de quoi être enragé envers la Société. Mais, ô surprise, il reste d’une lucidité implacable quand on évoque sa situation. « C’est vrai que la Société n’aide pas toujours. On nous dit d’aller voir les assistantes sociales. Mais il faut telle démarche, remplir tels papiers… Cela prend trop de temps et, en attendant, on est toujours dans la rue… Mais bon, il y a eu des moments où j’ai voulu m’en sortir seul ». Hervé préfère garder ses accusations envers un autre fléau de la société. « Le gaspillage est vraiment énorme. Parfois, je fais des tours dans les boulangeries, histoire de récupérer les invendus. Les gens préfèrent jeter cette nourriture au lieu de la donner aux plus démunis ! »

 

Aujourd’hui, Hervé vit dans un squat avec trois autres personnes et son chien. « Mon chien fait partie de ma famille. Il apporte de la tendresse et de la sécurité », poursuit-il, lui qui a avoué pleurer quand il a perdu son autre molosse quatre jours auparavant, « Il aura toujours la priorité. Pour lui, on a encore 10 kg de croquettes en stock. » Il parvient à joindre les deux bouts en mendiant dans les rues piétonnes. Avec son amie, ils se font une trentaine d’euros par jour. « Les gens sont parfois dédaigneux. Mais quand d’autres viennent nous parler, cela fait toujours plaisir. »

 

La misère n’a pas encore ruiné son esprit. Il s’imagine un avenir meilleur. « Ouvrir un hôtel est mon rêve ». Ironie de l’histoire, il ne peut même pas prendre une chambre dans ces lieux, les animaux n’étant pas acceptés. Il aimerait bien prendre un « job, pour de bon, mais j’ai 8 000 € de dettes et je passerai mon temps à les rembourser. » Sur sa casquette vert kaki, plusieurs badges sont accrochés. Dont un sur lequel est inscrit un grand « HOPE » - espoir. Tout un symbole.

Voir aussi "Le SAMU social au chevet des pauvres"
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