Une passion qui mène loin
28/12/2002 02:26Marie-Emilie Catier
Photographe et philanthrope, Yann Arthus-Bertrand s’est notamment fait connaître par les photos tirées de « la Terre vue du ciel ». (Il vous est d’ailleurs pratiquement impossible d’y avoir échappé, étant donné la quantité de produits dérivés qui en a découlé). Il nous raconte sa passion pour notre planète et ses multiples facettes.
-Typo : Comment êtes-vous devenu photographe ?
-Y. A-B.:Il y a une trentaine d’années, je m’occupais d’une réserve d’animaux, celle de Saint Augustin dans l’Allier. Quand j’ai quitté le boulot, je rêvais de voir les lions en liberté. Et puis avec ma femme je suis parti faire des études sur les lions au Kenya. Pendant trois ans, tous les jours, on suivait la même famille de lions. Je faisais déjà un peu de photographie et je me suis aperçu que l’on pouvait raconter des choses que l’on ne pouvait faire par texte. Pour gagner ma vie, j’étais pilote de montgolfière. C’est donc en même temps que j’ai découvert la photo aérienne. D’ailleurs, l’appréhension du territoire est tout à fait différente et intéressante. Je suis donc vraiment devenu photographe pour une histoire et faire des travaux de fond. Quand je suis rentré en France, je suis vraiment devenu photographe pour continuer passion que j’avais d’expliquer les choses. J’ai un peu touché à tout et dans les années 90, je me suis spécialisé dans l’aérien pour ne plus faire que ça.
-Et comment est né le projet de la terre vue du ciel ?
-J’avais réellement envie de faire quelque chose à fond. Je suis un photographe assez engagé et j’avais envie de faire prendre conscience aux gens qu’aujourd’hui il y a des enjeux sur notre planète. Et les choses ne changeront que si le public, nous, nous le faisons changer. Le projet était pour montrer au plus grand nombre la beauté de la terre et donc sa fragilité. J’avais engagé des scientifiques, ces gens qui font l’état de la planète, pour faire des légendes expliquant ce qu’il y a en danger.
-A quel registre appartiennent vos photos ? A l’artistique, au documentaire ?
-Je ne suis surtout pas un artiste, je suis un photographe témoin. L’artiste transforme la réalité pour en faire quelque chose de beau. Moi, au contraire, j’essaie d’être très fidèle par rapport à ce que je vois. Même si avec mon expérience, j’arrive à esthétiser au maximum, je ne fais du beau que lorsque j’en vois. Si la photo est extraordinaire, c’est grâce à la nature.
-Ne craignez-vous pas que les personnes ne voient que l’aspect esthétique, sans aucune « prise de conscience » ?
-Si elles comprennent que la terre est une véritable œuvre d’art, c’est déjà bien. Pour la protection, on ne peut pas toujours assommer les gens avec des phrases toutes faites. Avec la distance d’où l’on travaille, on essaie de montrer qu’il n’y a pas d’un côté l’homme et de l’autre la nature mais que les deux sont interdépendants.
-Quel a été le moment le plus émouvant lors de la réalisation du livre, votre tour du monde ?
-Ce n’est pas pendant les cinq ans du projet mais au retour, lorsqu’il a paru. Pendant, on était très concentrés, presque stressés, avec l’hélico il ne fallait pas louper une photo. C’est après, dans les expos, que ça a été magique. Des personnes venaient me voir en pleurant pour me faire dédicacer le livre pour le bébé qui allait naître. C’était émouvant. Ils ont compris notre message.
Marie-Emilie Catier
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