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Une mémoire apaisée mais productive
09/07/2008 07:50Thibault Coudray
À l’appel du Sultan Sidi Mohammed ben Youssef, plus de 80 000 Marocains ont participé à la Libération de la France. À ce titre, les vétérans marocains bénéficient aujourd’hui des actions menées par le Service des Anciens Combattants français. Portrait d’un devoir de reconnaissance.
« La démarche de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies est assez atypique », remarque Bernard Paquelier directeur du service des anciens combattants de Casablanca. En effet, lorsque les colonies ont acquis leur indépendance, les métropoles européennes ont fourni un capital afin de se dédouaner de leurs responsabilités. « A contrario, la France a souhaité continuer à verser des prestations, explique le directeur. C’est la raison de notre présence ici. » Les aides fournies par ce service délégué de l’ambassade française aux vétérans marocains sont de plusieurs ordres et « très concrètes », d’où leur grande popularité. Tous les matins, des consultations administratives et sociales sont organisées pour les soutenir dans la reconnaissance de leurs droits. Ainsi, 7 900 visiteurs ont été reçus en 2007.
Un important service d’orthopédie est également mis à disposition des anciens combattants pour remplacer gratuitement les membres qu’ils ont perdus pendant ou après la guerre. « Les Marocains qui se rendent dans nos locaux viennent souvent du fin fond du bled, raconte le diplomate français. C’est pourquoi nous organisons des caravanes d’appareillages à travers tout le Maroc. Les vétérans qui ont peu de moyens peuvent, de cette manière, bénéficier de nos prestations. » Progressivement le public de ce service s’est élargi aux soldats de l’armée royale, aux mutilés du travail, mais aussi aux blessés durant les conflits pour l’indépendance, preuve d’une mémoire apaisée.
Grâce à la carte du combattant, les vétérans marocains touchent la retraite du combattant et la pension militaire d’invalidité dont le montant est évalué en fonction de l’importance de l’infirmité. « Auparavant, ces prestations étaient gelées au montant de la valeur de la monnaie à l’époque où le pays a accédé à l’indépendance, informe Bernard Paquelier. Elles n’ont été décristallisées qu’en avril 2007. » Les anciens combattants marocains sont désormais sur un pied d’égalité avec les Français ce qui a multiplié leur revenu par huit. « La reconnaissance nationale que représente la retraite du combattant ne s’élève qu’à 495 euros, précise le directeur du service. Cependant, au Maroc, cela représente environ 5 500DH, une somme assez confortable. »
Des pages d’histoire commune
Le service des anciens combattants a aussi pour rôle la sauvegarde de la mémoire. Cela passe par le soutien de projets pédagogiques mené par les établissements français au Maroc, mais également le recueil de témoignages de vétérans pour les rendre utilisables par les historiens.
« Globalement, les anciens combattants sont plutôt fiers de ce qu’ils ont accompli », affirme Bernard Paquelier. Ils savent que leur action a compté. Ils ont libéré le premier territoire français (la Corse) et permis au Maroc de faire son apparition sur la scène internationale. « C’est une véritable leçon de citoyenneté pour les jeunes Marocains, spécifie le diplomate français. Jusqu’au XXe siècle, le royaume arabe reposait toujours sur un système tribal. L’engagement massif des Marocains dans l’armée française marque l’entrée du Maroc dans l’ère moderne. Ils ont agi comme des membres appartenant à une même nation et non plus seulement à une même famille. »
Contrairement à ce que peut montre le film Indigènes (2006) qui met l’accent notamment sur les discriminations subies par les combattants étrangers, il y a eu une véritable fraternité d’armes entre les soldats français et marocains. « Il y a sûrement eu des propos racistes de la part des soldats français, mais un comportement véritablement ségrégationniste aurait entravé la marche de l’armée », assure ainsi Bernard Paquelier. Les goumiers marocains étaient toujours accompagnés des officiers français lors des assauts, sinon ils auraient refusé de se battre. Comme le conclut Bernard Paquelier dans un sourire : « Au final on ne peut s’empêcher de tourner ensemble de grandes pages d’histoire. »
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