Une époque révolue?

28/12/2002 02:27Meret
Malgré ses parades où le peuple, forcé et contraint, l'acclamait, Nicolae Ceausescu et sa triste épouse Elena auront laissé en 1989 une Roumanie pauvre, apeurée, bâillonnée, emprisonnée, torturée, humiliée, tuée. Ce couple maudit hantera encore longtemps les esprits. Difficile de se remettre de 30 ans de dictature et de folie...!

Nicolae Ceausescu dictateur 4 faucilles

Quelques impacts de balles sur la façade d'un bâtiment place de l'Opéra, point de départ de la Révolution du 21 décembre 1989: sans doute les seules traces encore visibles du règne de Ceausescu...
Pour la nouvelle génération d'après la fin de la dictature, cela ne vaut pas la peine d'en parler: après tout, "il est mort". Maintenant, il faut se concentrer sur l'avenir, le passé ne les concerne plus. Pourtant, en se promenant dans les rues de la ville, on s'aperçoit que l'esprit de Ceausescu flotte toujours.
La misère est visible à tous les coins de rue: les Tziganes tendent la main ou fouillent discrètement dans les poches des touristes inattentifs. Des enfants sniffent de la laque achetée à bas prix dans un hypermarché, pour échapper pendant quelques instants à leur enfer...
D'immenses usines vides, construites sous le régime du Conducator, hantent encore les campagnes. Les immeubles aux façades grisâtres sont insalubres, l'argent manque pour les rénover. La transition est dure: passer du communisme à une économie capitaliste n'est pas chose simple. Douze ans ont passé depuis la Révolution, mais les mentalités sont encore marquées par l'ancien régime, par cette époque où le chômage n'existait pas, où chacun avait un salaire suffisant pour survivre...
Aujourd'hui, les jeunes ont peur de finir vendeur même après plusieurs années d'études. Le chômage est important, les salaires beaucoup trop bas, les drogues se multiplient, entraînant la prolifération de maladies telles que le sida. La dictature de Ceausescu a fait énormément de dégâts et il est difficile aujourd'hui de tout recommencer, mais les jeunes sont confiants. Depuis quelques années, la situation économique s'améliore.



Petit rappel historique



La dictature de Nicolae Ceausescu (1964-1989) a débuté par un véritable fiasco économique: si les premières années ont permis à chacun d'avoir un logement et un travail, notamment grâce au développement de l'industrie, la situation s'est rapidement détériorée. Au milieu des années 1980, le niveau de vie des Roumains a énormément baissé suite à une politique nataliste de 18 années qui a entraîné une hausse de 27% de la population.
Les dettes de l'État se sont accumulées. Pour les rembourser, le Parti met l'accent sur l'exportation massive de la production agricole, si bien que, rapidement, des denrées alimentaires viennent à manquer. À trois heures du matin, on fait la queue devant les magasins pour trouver du beurre, du sucre, parfois de la viande. Le chauffage et l'électricité manquent également cruellement.
Mais le régime Ceausescu s'est aussi singularisé par sa cruauté envers ses opposants. La terrible Securitate (police politique) espionnait la population, principalement les personnes ayant des fonctions à haute responsabilité, détenant des secrets d'État ou ayant des parents à l'étranger... La peur, omniprésente, imposait le silence, il convenait de se méfier de tout le monde, y compris de ses amis. Démasqués, les opposants étaient emprisonnés, voire assassinés par les agents de la Securitate, qui entretenaient un dossier sur la majorité des citoyens. Aujourd'hui, une loi autorise les Roumains à aller lire leur dossier.
Le régime contrôlait tout: seuls quelques journaux nationaux où l'information était soigneusement triée étaient autorisés. Une seule chaîne de télévision nationale n'émettait que deux heures par jour, consacrant le quart de son antenne à Ceausescu.
Le culte du chef était très marqué, on ne tolérait aucun écart aux lois. La religion était interdite, les facs de psychologie également. (Il fallait que personne ne réfléchisse sur le régime).
Quand le Mur de Berlin tombe, en novembre 1989, la Roumanie, voyant l'état de faiblesse de Moscou, ose enfin se révolter. La Révolution commence le 16 décembre 1989 à Timisoara, ville très proche des frontières hongroise et yougoslave, où la population, grâce aux télévisions étrangères, avait accès à l'information internationale.
Le 17 décembre, à l'écoute des cris de rébellion "À bas Ceausescu", "À bas le communisme", "N'ayez pas peur", les époux Ceausescu décident d'envoyer l'armée à Timisoara pour tenter de mettre de l'ordre dans la ville.
Toute la ville est surveillée, isolée du reste de la Roumanie. Le 20 décembre, un décret présidentiel déclare "l'état de nécessité" dans le département du Timis.
Lors de son discours télévisé, le Conducator affirme que les événements de Timisoara sont provoqués par des "hooligans", des "fascistes". Le jour suivant, le chef de l'Etat organise un rassemblement populaire devant le Comité central du Parti communiste. Le dictateur est hué et sifflé, la retransmission en directe à la télévision est interrompue.
Le 22 décembre, on déclare "l'état de nécessité" dans toute la Roumanie. Le ministre de la Défense, accusé d'avoir trahi son pays, se suicide, et la famille Ceausescu s'enfuit de Bucarest en hélicoptère. Le Front du Salut National (FSN) est créé pour prendre en main la destinée du pays. Le jour de Noël, les époux Ceausescu rattrapés sont jugés, condamnés à mort par un tribunal militaire extraordinaire et exécutés. Ion Iliescu (l'actuel président de la République) devient président du Conseil du FSN, et Petre Roman est nommé Premier ministre. En dix ans, plus de deux cents partis politiques se sont formés, et le pays a conquis la liberté d'expression. Beaucoup ont réussi à faire fortune, et de nombreux petits commerces se sont ouverts pour faire faillite quelques années plus tard pour la plupart.
Une nouvelle vie peut-elle commencer? C'est du moins l'impression qu'ont les Roumains, qui accèdent enfin à la possibilité d'acheter du Coca-Cola, des cigarettes, des fruits exotiques...
Une difficile reconstruction commence.
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