Une école avec vue sur l’Europe

23/06/2008 07:56Alexis Hontang
Sciences-Po Dijon, petite sœur de Paris, s’est spécialisée dans un « 1er cycle européen d’Europe centrale et orientale ». Au quotidien, les étudiants, dont une minorité de Français, baignent dans une culture européenne, propice aux échanges et aux découvertes. Reportage dans une des institutions les plus prisées de France.

Dans la salle Prague, pour les étudiants tchécophonesEt si le Danube chevauchait la place Wilson, mouillait les murs du palais des Ducs et alimentait de ses eaux abondantes le lac Kir ? En se spécialisant dans un cycle Europe de l’Est, Sciences-Po Dijon a redonné une certaine dimension européenne à la capitale des Ducs, loin du temps où le duché de Bourgogne s’étendait jusqu’aux plaines flamandes. Dans ce bâtiment centenaire de l’avenue Victor Hugo, il est donc normal de voir les étudiants s’apostropher en anglais, polonais ou tchèque.

Dans la salle d'étude, le silence est d'or« Bien parler les langues à Sciences-Po, c’est primordial », sourit Blandine Clerc, 19 ans, en 2ème année du 1er cycle européen, « Quand on est pris à Dijon, on doit choisir une langue d’Europe de l’Est : hongrois, polonais ou tchèque, mon choix. La première année, on a six heures par semaine d’apprentissage puis 4 heures par semaine, la seconde année. Quand on ressort de Sciences-Po, on doit être bilingue français-anglais. »

Pour les étudiants étrangers, recrutés par concours, l’apprentissage du français prime. Ces élèves, qui représentent plus de la moitié de l’effectif total de l’école dijonnaise, viennent majoritairement d’Europe de l’Est. « Sciences-Po Dijon est pour moi synonyme de diversité culturelle et d’échanges », explique Evgenia Plotnikova, étudiante russe en deuxième année. Pour Ivan Petrov, bulgare, « faire ses études à Sciences-Po, c’est bénéficier d’un enseignement de très haut niveau, tout en restant dans un cadre convivial, comme à Dijon. »

Mais pour franchir les grilles de Sciences-Po et avoir sa place dans l’amphithéâtre Danube, tout un parcours du combattant attend l’étudiant français. Après l’obtention du baccalauréat se pose la question de l’entrée à l’école : « Avec une mention Très Bien et un bon dossier, on peut passer sans concours. En moyenne, le jury prend 10 à 20 % de ces candidats. Pour les autres, il y a un concours. Cela reste très sélectif », admet Blandine Clerc, de Besançon. Le taux de réussite avoisine les 15 %, c’est dire.

Un diplôme reconnu

L'amphithéâtre Danube, vu d'en-hautUne fois admis, rien n’est encore acquis, comme l’explique Pierre Gallet, 19 ans, de Louhans, lui aussi en 2ème année de 1er cycle : « Le 1er cycle dure trois ans : les deux premiers sont à Dijon, ou dans un autre Sciences-Po de province, et la dernière est à l’étranger, dans le cadre d’un stage. Par exemple, moi qui apprends le polonais, je partirai à l’ambassade de France à Varsovie. Puis le dernier cycle, de deux ans, est à Paris ».

Dans la salle des étudiants, où des petits drapeaux de chaque pays de l’Union Européenne flottent au plafond, l’ambiance est plutôt décontractée. Mais il suffit de ne faire quelque pas plus loin pour voir des étudiants pianoter assidûment sur leurs ordinateurs portables. « On a beaucoup de travail : on peut ainsi découvrir nos limites et, donc, apprendre sur soi-même », estime Blandine Clerc, avant de poursuivre : « Mais à la fin, je pense que cela vaut le coup. On sort de l’école avec un diplôme bien reconnu sur le marché du travail. »

A contrario, l’étudiante regrette que « les élèves aient, peut-être, une vie sociale sacrifiée… Mais, à Dijon, dans une petite structure, où il y a qu’une centaine d’élèves dont une majorité d’étrangers, les échanges entre étudiants d’origines diverses sont très présents. C’est une vraie ouverture d’esprit, et ça, on ne nous l’enlèvera pas ! »

 

11 masters, 6 campus : des affaires publiques au journalisme

Le bâtiment qui abrite le campus dijonnais date de 1903, construit sous les ordres de l'architecte Charles Javelle. Il a été rénové en 2003Laissons le soin à Pierre Gallet, élève en deuxième année au 1er cycle Est-européen de Dijon, de nous expliquer ce que propose Sciences-Po à ses étudiants :

« On s’inscrit à Sciences-Po pour un master (bac +5) ou un doctorat (bac +8). Il existe 11 masters dans des domaines assez variés : Affaires publiques, Affaires internationales, Affaires européennes, Carrières judiciaires et juridiques, Communications, Droit économique, Finance et stratégie, Gestion des ressources humaines, Marketing et Études, Recherche, Stratégies territoriales et urbaines et, pour finir, Journalisme. Cette dernière possibilité d’études est un peu à part puisque le master Journalisme bénéficie d’un peu plus d’indépendance par rapport aux autres. Bénéficiant d’un matériel de pointe, avec notamment un studio de télévision et de radio, ce master recrute une petite trentaine de personnes chaque année, exigeant minimum un bac +3. Se présentent alors des étudiants ayant terminé son 1er cycle à Sciences-Po ou d’autres élèves venant d’horizons divers. Le master Journalisme, comme les autres, possède de nombreuses universités partenaires, comme l’Université de Columbia dans l’état de New York.

Si Sciences-Po Dijon s’est basé sur un 1er cycle européen où l’on doit choisir entre le tchèque, le hongrois ou le polonais, il existe d’autres campus avec d’autres langues. À Menton, en 1er cycle Moyen-Orient et Méditerranée, l’arabe est de rigueur. À Nancy, c’est l’allemand, à Poitiers, l’espagnol ou le portugais, et au Havre, on peut prendre soit le chinois, le coréen, le japonais ou l’hindi. Après, c’est à l’étudiant de choisir ! »

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