Un tourisme dogon pour les Dogons

06/05/2004 10:11Marina DenogentTypo Mali
Entre Bamako et la lisière du Sahara, le pays Dogon, avec sa superbe falaise et sa fascinante culture, est le poumon touristique du Mali. Mais le déferlement des visiteurs n'y a pas que des avantages : il induit aussi déséquilibres économiques, pollution et pillage du patrimoine. Pour tenter d'y remédier, un collectif soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) tente depuis l'automne 2002 de promouvoir un tourisme raisonné.

Du fait de l'accroissement démographique, la population Dogon ne peut plus vivre de l'agriculture et de l'élevage. Isolée, dotée de trop peu de ressources naturelles, elle a besoin de sang neuf. Pour « booster » le tourisme, les militants du Collectif distribuent donc des brochures, organisent des campagnes d'information dans les agences de voyages et soutiennent la création de structures d'accueil touristiques.
« Le tourisme peut aider mon peuple à subsister, et même à se développer. Mais il faut pour cela le contrôler et le gérer », explique Baïré Dolo, un des membres de l'association. Le pays Dogon a en effet vu fleurir les infrastructures d'accueil, souvent en dépit du bon sens. La pollution y a beaucoup augmenté, et de nombreux touristes repartent en Europe avec un « souvenir » de leur périple, par exemple un morceau de falaise ou de poterie troglodyte.
Le collectif du PNUD tente de lutter contre ce « pillage » organisé du patrimoine dogon : en accord avec les autorités locales, des amendes vont être imposées aux touristes pollueurs et aux pilleurs. Les militants associatifs n'oublient pas non plus de sensibiliser la population locale : Ogodana Dolo, guide touristique dans la région et membre du collectif, profite de ses trajets à travers la région pour informer les habitants, les hôteliers, artisans et autres, restaurateurs, sans oublier les touristes.
« Les sites sont altérés par le pillage et les visites non contrôlées des touristes », explique Ogodana. « Il faut leur montrer la nécessité de les protéger. » Cependant, Baïré Dolo s'inquiète : « La majorité de la population n'a pas encore conscience que la bonne réputation du site est vitale pour l'économie de la région: ils ne font pas assez d'efforts pour préserver le coin, architecturalement et écologiquement.»
La troisième et dernière action du projet aidé par les Nations unies concerne la lutte contre la pauvreté, par la redynamisation du commerce et du tourisme. Il s'agit pour cela de développer les structures d'accueil et les circuits touristiques, ce qui a contribué à la création de nombreux emplois, comme des guides ou des restaurateurs. Même les petits producteurs agricoles ou les artisans y trouvent leur compte : ils approvisionnent les restaurants, gîtes et chambres d'hôtes de la région.
Les membres du collectif poussent enfin la population locale à respecter les « toubabous », les blancs, qui constituent leur gagne-pain. « Si ce terme est réducteur pour les Européens, il n'en est pas moins vrai, explique un des membres du groupe. Mon peuple doit comprendre que si le touriste se sent exploité ou arnaqué, il ne reviendra pas, et ne nous fera pas une bonne publicité. » Au fond, il ne manque au tourisme de cette région qu'un sentiment de respect et de confiance réciproque entre autochtones et touristes.

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