Un poème d'images

06/02/2006 16:48Marion AvarguèsChalon sur Saône
« La Terre abandonnée » est un film sri lankais présenté au dernier festival de Cannes dans la catégorie « un certain regard ». Son réalisateur, Vimukthi Jayasundara, a été invité par la Bobine, le 12 janvier, pour présenter son film, des plus atypiques.

C'est l'histoire d'une terre désertée, sèche et stérile. Une petite maison entourée de prairies, de cours d'eau, de forêts, de barrières, de chars d'assaut, de soldats. Un environnement où le silence pèse comme une menace omniprésente. Et, si les oiseaux chantent, ce n'est que par désespoir. De la vie ? Il n'y en a guère. Et pourtant, quelques hommes y vivent, envers et contre tous. Sans but, ils stagnent, enchaînés à cette terre sauvage.
On suit l'existence d'une jeune femme blasée par la vie avant même de l'avoir goûtée et qui se perd dans le plaisir charnel de l'adultère et les rêveries, cloîtrée dans sa cabane. Celle d'une autre femme, plus révoltée, qui ferait tout pour quitter ce no man's land, mais qui est vouée à échouer. Celle d'un homme, un garde, qui se fait mener par le bout du nez, et qui, sous le joug de l'armée, sera obligé de tuer à coups de barre de fer. C'est la peinture d'un monde figé, sans passé, sans avenir, et dont le quotidien est terriblement immobile. Il ne se passe rien, et cette absence de vie contraste avec la guerre ambiante. Car, bien qu'on ne la voie pas, on en devine la tension. La lenteur du film accentue bien cet aspect : les plans nous permettent de côtoyer des personnages désabusés qui n'ont plus rien à espérer, tous s'enfoncent dans le cercle vicieux de l'oubli, sur cette terre à mille lieux de la civilisation. Au travers de ce petit groupe coupé de la civilisation, Jayasundara dévoile sa vision pessimiste de la condition humaine.
Malgré tout, une petite fille apporte une bouffée de fraîcheur : c'est la seule note d'espoir. Son innocence, « Vais-je grandir ? », la détache de cet univers malsain.
Le lieu du tournage a été choisi pour une raison bien précise : il n'avait pas encore été foulé par l'homme.
C'est un film en rupture avec les codes narratifs classiques, un poème sans mots, un poème d'images. Un film à voir, ne serait-ce que pour ses somptueux paysages et son originalité déroutante.

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