Un jour d'aumône pour la fête des morts

28/12/2002 02:27Meret
Le dimanche après Pâques, les orthodoxes célèbrent la Pâque des morts, c'est-à-dire le jour de la première réapparition de Jésus après sa résurrection. Mais cette fête est aussi celle des pauvres. Après la messe, les fidèles vont au cimetière avec un panier de nourriture à distribuer aux plus démunis. Tous les nécessiteux de la ville, principalement des Tziganes, se réunissent dans les cimetières à cette occasion.

Le spectacle fait mal au coeur: dans le cimetière révolutionnaire, boueux sous les pluies battantes, se sont rassemblées des centaines de personnes démunies. Devant la flamme qui resplendit à la mémoire des soldats morts au combat durant la révolution de 1989, une quinzaine de Tziganes de tous âges se sont regroupés, un sac plastique à la main, pour recevoir l'aumône. Quand quelqu'un approche avec un panier, c'est un effet de bombe: tels des oiseaux à qui on jette trois miettes de pain, ils sont des dizaines à s'agglutiner autour des donateurs, dans l'espoir de recevoir un morceau de gâteau ou tout autre aliment qui pourrait apaiser leur faim. Que l'on soit face à des vieillards titubants à moitié aveugles ou à des jeunes enfants chaussés de godasses aux semelles décollées et couvertes d'une épaisse couche de boue, les cris et les insultes fusent quand le fidèle ne donne rien. Le regard des plus jeunes s'emplit de tristesse quand le passant s'éloigne d'un air indifférent. Toute la misère de la ville semble se retrouver en ce seul endroit. Finalement, à la sortie du cimetière, les plus chanceux ont un sac plastique plein de confiseries, de fruits, d'oeufs, de quoi vivre pendant quelques jours. Les enfants et les vieillards sont encore ceux qui font les meilleures "récoltes". Qui peut résister à un enfant de trois ans, avec des yeux de chien battu mouillés de larmes, les vêtements couverts de crasse, qui tire la jambe des passants? Les adultes prennent les bébés sur leurs genoux, et, d'un air dépité, affirment que la nourriture est pour l'enfant. Pour les mendiants, toute la technique est de cacher les dons dans leur dos pour éviter que les "donneurs" suivants ne voient leurs précédentes aumônes. Toute cette misère paraît tout à fait normale aux Roumains. Après tout, "ce sont eux qui refusent de s'intégrer et de travailler". Que faire? Dans un pays où on a à peine de quoi payer les professeurs, on n'a pas l'argent pour aider les pauvres... En attendant, la journée des morts est une occasion pour eux de pouvoir manger à leur faim, et pour les enfants, c'est sans doute une des seules fois où ils peuvent se "gaver" des gâteaux et des bonbons qu'ils semblent avoir reçus en grande quantité.
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