« Un formidable outil pour l’éducation »
02/05/2005 15:01Eloïse DussablyTypo Chalon sur Saone
Après nombre de manifestations lycéennes dans toute la France, la réforme Fillon amendée et votée par le parlement, sera mise en œuvre dès la rentrée 2005. Madame Claire Lovisi, recteur de l’Académie de Dijon depuis le 21 Juillet 2003, s’exprime à son sujet.
Alors que le public entend plus souvent les revendications lycéennes qui soulignent les « points négatifs » de la réforme Fillon, d'après vous quels sont les points positifs forts à mettre en lumière à ce jour ?
J'aurais tendance à répondre qu'il n'y a que des points positifs. Il faut savoir que la dernière loi sur l'éducation date d'il y a 15 ans, en 15 ans les choses ont beaucoup changé, il est donc nécessaire de donner une nouvelle orientation à l'école. Cette nouvelle orientation vise à créer une école plus juste, en France, ces derniers temps l'ascenseur social semble en quelque sorte en panne et tous les ans 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification, sans diplôme, il fallait y remédier. Elle est aussi l'occasion d'offrir une école plus efficace. On peut souligner l'exemple du plan ambitieux pour les langues vivantes. Des millions de jeunes français maîtrisent mal les langues étrangères et le début de l'apprentissage d'une première langue en CE1 et d'une seconde en 5ième assurerait la résolution de ce problème. Enfin elle permettrait une école plus ouverte sur les métiers de demain qu'on ne pouvait connaître il y a 15 ans et sur les nouvelles technologies. Bref, cette réforme sera un formidable outil pour lutter contre l'échec scolaire.
Il a été prévu la création d'un socle commun comprenant la maîtrise des nouvelles technologies pour tous les élèves, en quoi va-t-il consister ?
En effet, la maîtrise des nouvelles technologies va faire partie du socle commun des compétences et connaissances que l'école s'engage à donner à tous ses élèves. Il comprend la maîtrise du français, la maîtrise des principaux éléments de mathématiques, la maîtrise d'au moins une langue vivante, l'acquisition d'une culture générale humaniste et scientifique pour permettre de mieux appréhender l'exercice de la citoyenneté et l'usage des nouvelles technologies. L'école est donc appelée à développer les nouvelles technologies. Ce socle n'est pour le moment qu'un squelette qui sera à étoffer par le Conseil de l'Éducation. Ce Conseil prend fonction en septembre 2005. Il est composé de neuf membres : trois sont nommés par le Président de la République, deux par le Président de l'Assemblée Nationale, deux par le Président du Sénat et deux par le Conseil Économique et Social. Il a pour vocation de donner son avis et de faire des propositions au gouvernement, dont la définition plus détaillée du socle commun. Il sera entouré d'experts, ainsi il répondra aux besoins exacts de l'école française.
Quel est votre avis sur la question des TPE (ndlr : Travaux Personnels Encadrés) ?
Les TPE sont supprimés en terminale. Je constate, comme tous les membres de l'éducation nationale, que les jeunes lycéens français ont en classe de terminale un nombre d'heures très supérieur à celui des jeunes européens. Les TPE ne faisant qu'aggraver les choses il a été jugé nécessaire de les supprimer. D'autant que l'année du baccalauréat, les élèves se doivent de se concentrer sur cet examen. En revanche, ils sont maintenus en première et le ministère de l'éducation s'engage à prendre en compte les notes des TPE des élèves de première pour le bac. L'année prochaine, un dispositif transitoire permettra d'arriver à ce résultat. Les classes de terminale auront donc un emploi du temps allégé mais la formidable expérience des TPE sera maintenue en première.
Ils n'ont pas dit leur dernier mot
Les vacances scolaires ont certes été propices à calmer les lycéens manifestants. Mais ils semblent toujours mobilisés derrière de grands organismes tels que la FIDEL (syndicat lycéen) et soutenus par la FCPE (association de parents d'élèves) pour lutter contre la réforme Fillon.
Ils ont été des milliers dans toutes les grandes villes de France à descendre dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Ils s'opposent aux grandes lignes de la réforme Fillon, laissant surtout entendre leur opposition à la suppression des TPE et à la création d'un socle commun qu'ils jugent inadapté à l'éducation actuelle. Des tracts rageurs ne cessent de circuler informant entre autre que les professeurs absents pourront être remplacés par leurs collègues d'autres matières, chose inadmissible pour les élèves. « Nous ne pouvons tolérer que le ministère n'ait que trop peu écouté nos revendications » affirme Maxime, lycéen de 1ère à Chalon-sur-Saône « Mais notre plus grande crainte est que les lycéens n'aient plus le courage de manifester pour leur idée ». À l'approche du baccalauréat, les manifestants se font moins nombreux. Il faudra donc attendre que tous les lycéens retournent en cours pour faire un constat de la mobilisation contre la réforme.
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