Un emploi du temps chargé
13/04/2007 10:46Thibault Coudray
Que font donc les détenus de leurs journées ? Monsieur Vansantberghe, directeur de la prison de Varenne Le Grand, témoigne du travail accompli pour que ce temps de réclusion ne reste pas un temps vide, un temps inutile.
Les détenus adultes, issus pour la plupart de milieux sociaux en difficultés, possèdent souvent de grosses lacunes scolaires. Beaucoup sont illettrés, car, à un moment ou un autre, ils ont été coupés de l'enseignement. Il leur est possible, au cours de leur incarcération, d'aller à l'école. Cependant, dans le fonctionnement traditionnel d'une prison, il est impossible pour ses occupants d'exercer un travail rémunéré et de suivre un enseignement à la fois. Les prisonniers, qui souvent ont peu de ressources, choisissent en grande majorité de travailler. « Nous trouvions cela dommage, explique le directeur du centre pénitencier de Varennes le Grand, c'est pourquoi en novembre 2005, nous avons mis en place la journée continue : les détenus peuvent travailler de 7h15 à 13h15. Après avoir pris leur repas, ils peuvent, s'ils le souhaitent, assister aux cours donnés l'après-midi. Cette opération a demandé à tout le personnel de la prison un travail colossal, car il a fallu réorganiser tout l'emploi du temps. Mais nous avons obtenu les résultats escomptés et les professeurs des écoles ont même eu du mal à faire face à la demande dans un premier temps. »
Pour ce qui est du travail, le centre pénitencier de Varenne Le Grand possède son propre site industriel qui peut accueillir 120 opérateurs. Il s'agit principalement du triage de déchets électroniques. Il y a également une partie « service général » qui emploie 60 personnes dans l'hôtellerie, la restauration et le traitement de surface. Du salaire gagné ainsi, 10 % est utilisé pour rembourser la faute des détenus, 10 % est cotisé pour leur sortie et 80 % leur est donné. Ils peuvent améliorer leur quotidien en achetant des objets de la vie courante comme du shampoing, du coca-cola,... ou en louant la télévision.
Un large panel d'activités
Les détenus peuvent également participer à des ateliers qui ont souvent un vif succès. «Nous faisons des listes d'attentes et les personnes alternent chaque semaine », déclare le directeur. La prison de Varenne possède un atelier de musique avec un orchestre en perpétuel renouvellement de 15 personnes. Il y aussi une activité poterie. «Les détenus font passer des émotions très fortes avec la terre », raconte monsieur Vansantberghe. Des activités en dehors de la prison sont organisées comme des sorties VTT, destinées à préparer les prisonniers à leur réinsertion et à créer des moments où l'on ne triche pas : tout le monde, détenus et surveillants, est à égalité sur son vélo. « Cette année, nous avons l'intention de travailler sur le site archéologique de Bibracte pour parler de nos racines et de nos origines communes et montrer ainsi que nous sommes tous égaux. »
Contacts avec la famille
Les détenus en maison d'arrêt ont le droit de recevoir trois visites par semaine, ceux en maison de détention seulement deux. Chaque visite dure trois quarts d'heure et le prisonnier ne peut pas recevoir plus de trois visiteurs par entrevue. « Pour prendre un rendez-vous de parloir, le visiteur doit d'abord passer par l'administration », explique le directeur. Puis une carte magnétique lui sera remise. Elle lui permettra de prendre rendez-vous directement depuis une borne située à l'extérieur de la prison. « Avant chaque visite, la personne est soumise à un contrôle d'identité puis passe un détecteur de métaux. « Souvent les détenus, bien qu'ils puissent laver leurs vêtements en prison, préfèrent que leur famille s'en occupe», raconte le directeur du centre pénitencier, « car cela leur permet d'entretenir une relation avec elle ».
La préparation à la réinsertion
Si la prison est une privation de liberté, elle doit également préparer à la réinsertion des détenus dans la vie active. Le centre pénitentiaire de Varenne Le Grand possède donc un programme de formation professionnelle, allant du métier de technicien de surface à ceux du bâtiment en passant par l'apprentissage de l'informatique. « Lorsque nous rencontrons les futurs employeurs nous leur parlons de ce que le détenu sait faire, pas de ce qu'il a fait. Nous voulons faire évoluer leurs regards », affirme le directeur du centre pénitentiaire ». Alors, même si la réinsertion n'est pas toujours réussie, peut-on accuser l'administration pénitentiaire de ne pas avoir essayé ?
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