Un château bio

13/07/2006 10:20Carlan Silviu et Hurdubei AdrianaTypo Roumanie Chalon sur Saône
Produire du vin bio est affaire de passion et de conviction. Car l'agriculture bio est à la mode, mais pas forcément très rentable.

Le château de Monsieur et Madame Musso était résidence de seigneur au moyen âge. À présent domaine viticole et ferme d'élevage, il est entouré de 140 hectares, dont 25 de bois et 6 de vigne.

T : Pour garder le château vous payez des taxes et des impôts, faites-vous beaucoup d'efforts pour cela ?
J.M. : Oui, mais ils font partie des travaux normaux d'une exploitation agricole.

T : Comment avez-vous changé de métier, car je sais aussi que vous avez travaillé comme directeur dans les mines de l'est de la France ?
J.M. : Je n'ai pas changé complètement. J'étais ingénieur des mines tout en gérant les propriétés familiales, mais le travail à la mine était trop accaparant. Il comprenait beaucoup d'activités et des situations difficiles. Il y a 20 ans, je suis devenu complètement viticulteur.

T. : Quelle est la différence entre les vins normaux et les bio ?
J.M. : Les vins bio sont des vins normaux en fait. C'est l'agriculture intensive après la guerre et le développement de la chimie qui ont transformé les méthodes agricoles. Les méthodes agricoles avant la dernière guerre respectaient l'environnement. Ensuite il y a eu un nombre de produits chimiques. Aujourd'hui on utilise moins ces produits, parce qu'ils polluent l'eau par exemple.

T. : Est-ce qu'il est rentable d'investir dans une affaire viticole biologique dans la France d'aujourd'hui ?
J.M. : Dans une affaire viticole biologique, non. Le bio permet d'avoir une très bonne qualité, mais quelqu'un qui fait une culture traditionnelle et qui fait du bon vin a les mêmes résultats que nous. Par ailleurs il est obligé de faire d'autres manipulations, il a des raisins qui sont moins sains, donc la vinification c'est plus difficile. Globalement, le prix de revient en chimie ou en culture biologique comme nous est le même, pour quelqu'un qui veut faire un raisin de qualité. Le bio ne donne pas une plus grande valeur économique à nos produits. On ne vend pas mieux, mais on vend bien parce que les raisins sont de très bonne qualité.

T. : Est-ce qu'il y a une étoile ou quelque symbole pour les vins bio ?
J.M. : Oui, c'est marqué sur l'étiquette, et maintenant on peut mettre un logo AB (agriculture biologique). Mais on ne le met pas, car souvent la clientèle n'est pas intéressée par le vin bio.

T. : Pour lancer les vins sur le marché, quel type de campagne menez-vous ?
J.M. : En fait, on exporte beaucoup, et on travaille aussi avec la grande distribution.

T : Quel est votre avis sur les vins roumains ?
J.M. : Les vins roumains ont de très bonnes potentialités. La Roumanie a des problèmes comme la Hongrie : leurs vins étaient faits dans de grandes caves industrielles, les matériels et les connaissances n'étaient pas assez développés, et les produits chimiques n'étaient pas maîtrisés. Il y a de la pollution à travers les sous-produits du vin qui ont été chargés par des substances chimiques. Ce qui est rentable, c'est d'arracher les cépages les moins bons, et mettre des cépages de qualité. Mais des possibilités existent en Roumanie et en Hongrie, car il y a le terroir.

T. : Est-ce que la Roumanie va dépasser vite cette période ?
J.M. : Oui, je pense que ça va passer vite. Comme en Hongrie, par exemple. Après la privatisation des terres, ces pays ont commencé à travailler différemment.

T. : Quelle est la distance nécessaire entre les ceps pour un bon développement ?
J.M. : La réglementation en France c'est d'un cep par mètre carré. L'objectif, c'est de faire du vin de qualité et de limiter le rendement. Un pied de vigne donne environ une bouteille de vin. Et le rendement ici, c'est entre 5 mille à 6 mille litres par hectare. On a de l'herbe, puisque nous sommes en culture biologique, donc on ne fait pas de boisements, et on travaille avec les charrues. Une personne peut travailler presque 5 hectares de vigne, à peu près. Nous avons 25 hectares et 6 ouvriers.

T. : Est-ce que vous pouvez nous expliquer la relation entre les plats et les vins ?
J.M. : Les vins blancs, qui gardent leur bouquet 4 à 5 ans, sont plutôt pour les entrées, la charcuterie et les poissons, les vins rouges sont plutôt pour les viandes, le plat principal, et puis, le crémant se boit en apéritif ou avec l'entrée, ou bien avec le dessert.

Heureusement pour nous, la visite s'est terminée par une dégustation de plusieurs types de vins.

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