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Un café avec Charlie
20/02/2004 20:18Lucie BlinTypo Dijon Dijon
Tentative réussie à Dijon pour le premier café débat organisé par le journal Charlie Hebdo. Les animateurs voulaient plus de discussions citoyennes dans la capitale bourguignonne. Apparemment, le thème du port du voile islamique a mobilisé dans toutes les tranches d'âges...Philippe Corcuff, correspondant à Charlie Hebdo et dijonnais d'adoption, revient sur les origines de cette initiative.
Le Vieux Léon est ce qu'on appelle un bar « engagé ». Le genre de lieu où on trouve toujours quelques chevelus prêts à refaire le monde autour d'un verre de blanc. Le genre à écrire « Quelle connerie la guerre ! » dans sa vitrine en plein conflit irakien. L'endroit idéal pour un débat citoyen pour Philippe Corcuff, correspondant pour Charlie Hebdo et dijonnais depuis peu. Ce lundi 8 février, dès 18h30, un groupe de personnes hétéroclites a répondu à son invitation : débattre sur la question du port du voile islamique. Le premier café débat en France organisé par Charlie Hebdo est lancé. Thierry Desanti, professeur d'histoire de collège et chargé de cours à l'université de Dijon, seconde Philippe Corcuff. « La parole est là pour circuler, commente-t-il. Nous, les intervenants, nous sommes là seulement pour gérer les prises de parole, pour amener d'autres points de vue ou relancer le débat. »
Mais la première question à régler, c'est... l'espace ! Le caveau du « Vieux » se révèle en effet trop petit face au nombre de personnes venues. Quelques déménagements de tables et rajouts de bancs plus tard, l'assistance peut enfin se chauffer la voix.
Les animateurs lancent plusieurs axes de discussion pour briser la glace. Une femme intervient presque immédiatement : « Le voile n'est pas un signe religieux, c'est un signe discriminatoire au même titre que la kippa ! Et dans certain pays, il existe des lois spécifiques. » Les interventions s'accélèrent. « Le problème du voile ne permet-il pas de restituer la crise du néolibéralisme face aux échecs des réformes sociales ? » s'interroge quelqu'un dans l'assistance. Un petit flottement se fait, chacun réfléchit puis repart de plus belle dans le feu de la discussion. On entend d'un coté : « Si les femmes portent le voile c'est pour ne pas se faire draguer parce que les hommes sont considérés comme faibles. Lorsque la femme est dévoilée, c'est l'homme qui est mis à nu ! »
Difficile de prendre partie, chacun est partagé entre plusieurs opinions et il y a du bon dans chaque idée. On questionne, chacun tire des conclusions différentes... Au moins le sujet aura été approfondi, élargi à la question de l'islamophobie ou à celle de la violence faite aux minorités pour qui on se bat sans leur laisser la parole... « Il s'agit d'ouvrir son esprit comme préalable à un travail intellectuel, après ces débats », confirme Philippe Corcuff.
Histoire de se réapproprier enfin l'actualité.
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