Un autre cinéma existe !

02/03/2007 11:18Elodie RAITIERE
Le philosophe Prabodh Parikh dirige le tout récent Katha Centre for Film Sudies, un centre de recherche sur le cinéma qui organise des projections-débats pour initier les spectateurs indiens à un cinéma alternatif. L'été dernier, il a organisé la projection de 25 films internationaux lors du festival « Dans le ciel du cinéma ».

Typo : Quel est le but de votre association ?
Prabodh Parikh : L'idée c'est d'ouvrir un espace dans lequel on peut engager des conversations sur le cinéma. Quand on regarde un film, nous en avons tous une opinion mais il faut élever le débat en apportant de l'information, dépasser le « j'aime » ou « j'aime pas ». Bollywood constitue un gros défit car il exerce un enchantement suprême sur le public, en donnant du rêve et de l'insouciance. C'est un divertissement de masse pour toutes les communautés, même dans les petits villages.


Typo : Comment expliquer un tel succès de Bollywood ?
Prabodh Parikh : Il y a 50 ans, les classes supérieures considéraient Bollywood comme un divertissement bon marché, pour les classes sociales inférieures. Cette industrie a commencé à prospérer car elle parle de mythes et nous adorons ça. C'était une nouvelle façon de raconter des histoires, nos épopées vieilles de 250 ans... Et ça, ça rassemble les gens en Inde.
Puis, au moment de l'indépendance, on a pris conscience que le cinéma est un art. Ce souffle d'indépendance a apporté une idée de liberté et la volonté de construire une nation. A cette époque, il y avait deux modèles cinématographiques. Le modèle américain, très commercial, avec Hollywood ; et celui de l'URSS qui visait à rassembler le peuple. Nous avons mélangé ces deux modèles en y ajoutant notre propre inspiration. Ceci a donné le cinéma de Bollywood, avec ses chants, ses danses, ses émotions fortes et ses mélodrames familiaux.

Typo : Et aujourd'hui ?
Prabodh Parikh : Bollywood a gagné en légitimité auprès de la toute la société car il faut admettre que c'est un bon divertissement. Mais c'est toujours la même histoire de beaux jeunes gens de 20 ans qui vont à l'étranger, dansent, chantent et tombent amoureux. L'industrie veut plaire à la classe moyenne grandissante qui adore cette image virtuelle de l'Inde.

Typo : Qu'est ce qui vous plaît dans le cinéma ?
Prabodh Parikh : J'adore les films de Bollywood ! J'ai grandi avec. Mais le bon cinéma se trouve dans les films étrangers, hongrois, sud-africains... Il y a des artistes qui font de la magie, tel des architectes, des poètes.
J'aime les films d'il y a 20 ans, des réalisateurs étrangers touchés par la Seconde guerre mondiale. Certains racontent des histoires très touchantes. Mais ce cinéma est vu par peu de spectateurs. Je veux partager cela avec d'autres à travers le Katha Center Film. Le cinéma prend vie lorsque nous nous asseyons ensemble.

Typo : Comment pensez vous faire évoluer le cinéma indien ?
Prabodh Parikh : Nous essayons d'aller dans les villages pour faire des projections où nous invitons acteurs et réalisateur, suivies de débats. C'est vraiment très intéressant de parler avec ces populations, de voir leur réaction. A la rentrée 2006, nous avons projeté entre 16 et 20 films dans six universités. Après les projections, les étudiants discutaient et écrivaient un essai sur le film, publié sur un site internet. Nous voulons enrichir le débat sur le cinéma, le diversifier. Si nous pouvons créer ne serait-ce qu'une petite résistance alternative l'industrie bollywoodienne, ça serait déjà bien !

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