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Un Américain à Paris ? Non, à Chalon
13/07/2006 09:10Denisa StoleruTypo Roumanie Chalon sur Saône
Matthew James, Américain francophone, assistant d'anglais, parle de la difficulté de l'intégration en France, du racisme et de la joie de vivre à la française.
Typo :
Pourquoi as-tu choisi de venir en France ?
M. J :
J'ai choisi de venir ici parce que j'aime la France, son histoire, sa culture, sa littérature et ma spécialité à l'université de Californie était le Français. En plus il y a beaucoup d'endroits que j'ai visités ici et qui m'ont plu et d'autres que je voudrais encore visiter pendant mon stage.
Typo :
As-tu jamais regretté ce choix ?
M. J : Avant que je vienne ici, j'avais une vision un peu romantique de la France, je la considérais le pays parfait et la réalité est un peu différente... Quand même, je suis venu ici pour mieux apprendre le français, pour connaître la culture de l'Europe et pour travailler ; j'ai réussi à le faire et j'en suis content.
Typo :
En quoi consiste ton activité dans ce lycée ? Qu'est-ce que tu fais concrètement ?
M. J :
Je suis seulement un assistant d'anglais au lycée Niepce ; le professeur me donne une moitié ou un quart de la classe et j'enseigne, je fais de la conversation avec eux.
Typo :
Tu es content de leur anglais ?
M. J :
Ils le parlent mal. J'ai été très surpris parce que la plupart des élèves ont étudié l'anglais pendant 10 ans et ils ne savent presque rien. J'ai au total 25 classes différentes et il n'y a que deux d'entre elles qui parlent bien, et même parmi ces élèves, seulement la moitié de la classe. Les professeurs veulent que je fasse tout en anglais mais c'est impossible parce qu'ils ne comprennent rien.
Typo :
Est-ce que tu te sens intégré dans la société française ?
M. J :
En ce moment oui, mais je suis là depuis 6 mois et demi. Les Français, en particulier les gens de Bourgogne, sont très froids, renfermés, ils n'essayent pas de connaître de gens nouveaux, ils ont leur groupe réduit d'amis et ce sont les seules personnes avec qui ils s'associent. Il n'y a pas beaucoup de gens de mon âge ici, j'ai 26 ans, il n'y a pas une grande université ici, donc il est difficile de rencontrer de personnes de la même sphère d'intérêts. Maintenant je me suis habitué à cette situation.
Typo :
Est-ce que tu as des amis français ?
M. J :
J'ai quelques amis français mais il ne s'agit pas des véritables amitiés, ce sont seulement de copains occasionnels, peut-être mes élèves qui sont gentils et avec qui j'ai passé parfois le temps.
Typo :
Ton salaire te suffit pour bien vivre ?
M. J :
Ça va, j'ai assez d'argent pour bien manger, pour sortir de temps en temps, mais pour moi être en France représente une excellente occasion pour voyager et pour ça l'argent n'est pas suffisant. Je suis quand même chanceux parce que je ne dois pas payer le loyer, je vis dans l'école gratuitement et ça aide. Mais, par exemple, je travaille pour 750 Є par mois je travaille 12 h par semaine. Pour obtenir la même somme aux États-Unis je devrais travailler 30 h par semaine comme garçon dans un restaurant. C'est bien, je travaille assez peu pour presque le même salaire mais tout coûte beaucoup plus ici : la nourriture, les cigarettes, le transport...
Typo :
Qu'est-ce que tu aimes le plus ici ?
M. J :
Bon, j'aime la nourriture, les vins. Là d'où je viens, en Californie, il y a une très grande région viticole et c'est très agréable de venir ici et de vivre dans une région viticole française. Mais ce que j'aime le plus c'est l'idée de « joie de vivre » des Français. L'idée de prendre ton temps pour te réjouir de la vie, de ralentir et d'être heureux, ça n'existe pas aux États-Unis. Là-bas le plus important est de travailler dur et de faire de l'argent, le bonheur personnel n'est pas important. Comme je hais complètement cette idée, la partie la plus belle de la France c'est pour moi la « joie de vivre ».
Typo :
Qu'est-ce qui te dérange le plus ?
M. J :
Je n'aime pas du tout le fait qu'il est tellement difficile de te rapprocher des gens et je pense que le racisme est un très grand problème en France et que les Français devront réfléchir à cet aspect.
Typo :
Aux États-Unis vous n'avez pas de problèmes de racisme ?
M. J :
Si, mais il y a tant des lois contre le racisme qu'il est très difficile de le prouver, il y a beaucoup de personnes qui sont racistes mais d'une manière cachée, subtile. Par exemple, on dit que tout le monde est égal, mais nous avons eu seulement des présidents blancs et chrétiens, les plus riches personnes d'Amérique sont les blancs... C'est très différent en Californie parce que là il y a un grand mélange de Japonais, de Chinois, d'Hispaniques, de Russes. Même le chef de la police départementale est hispanique et ça n'arrive dans aucune autre partie des États-Unis.
Typo :
As-tu jamais eu de problèmes du fait d'être étranger ?
M. J :
J'ai eu quelques problèmes, il y a des personnes qui n'aiment pas le fait que je sois Américain, à cause de la politique présente de mon pays... parfois ils s'exclament : « Qu'est-ce qui se passe avec cette guerre et avec George Bush ? » En ce qui me concerne ; la plupart des gens pensent que je suis Américain, Anglais ou Irlandais, donc ils n'ont pas grand-chose contre moi. »
Typo :
Tu veux rester ou tu penses retourner dans ton pays ?
M. J :
Il y a des problèmes en France ; en plus ma famille et mes amis me manquent beaucoup et j'aime l'endroit ou je vis en Californie. Mais je hais ce qui se passe aux États-Unis maintenant : l'économie, la guerre, le fait qu'il y a un grand nombre de personnes qui considèrent que l'Amérique est le nombril de la terre ; d'un côté il y a les États-Unis et de l'autre coté il y a le reste de monde.
(Il sourit) Si j'avais la possibilité d'amener ma famille et mes amis pour rester ici, probablement que j'y resterais aussi, mais ils ne le feront pas. Donc, je ne peux qu'espérer que la situation dans mon pays s'améliorera.
Typo :
Quelle est ton opinion sur le CPE ?
M. J :
Je pense que le système d'embauche était très bon avant, mais pas réaliste – il est difficile pour la France d'être compétitive à l'échelle mondiale avec ce genre de système. Quant au CPE, il fait que la situation des employés ressemble à celle des États-Unis et c'est une mauvaise situation. Par conséquent, je pense que les Français doivent lutter pour changer ce qu'ils n'aiment pas ; le taux de chômage est très élevé, ce CPE apporte de mauvais changements et je les encourage dans leur démarche.
Typo :
Quelles sont les différences entre les écoles américaine et française ?
M. J :
L'école est plus difficile ici ; en Amérique il n'y a pas de bac, les lycées techniques ou d'affaires n'existent non plus, les élèves ne choisissent ce qu'ils désirent faire qu'à l'université. En France la préparation professionnelle est très importante et c'est très bien d'avoir une bonne éducation et de travailler dur. C'est pareil aux États-Unis, mais ça dépend aussi des circonstances. Les études universitaires durent 4 ans, mais souvent on les prolonge à 6 ans.
Typo :
Les élèves d'ici sont-ils mieux préparés que ceux de ton pays ?
M.J. :
C'est assez difficile de le dire parce que je travaille dans un lycée technique et la plupart des élèves ne s'intéressent pas à l'anglais. Mais si on compare un lycéen français de 17 ans à un lycéen américain de 17 ans, le premier sera toujours plus intelligent, plus éduqué, premièrement parce que les Français peuvent parler plus d'une langue étrangère. La plupart des Américains ne parlent que l'anglais.
Typo :
Quelle est ta relation avec les élèves ?
M. J :
Nous avons une bonne relation parce que j'essaie d'être amusant et gentil avec eux. Dans la plupart des cas, leur attitude est d' « élève vers professeur » et ils apprécient le fait que je me comporte comme si j'étais leur ami.
Typo :
Quels sont tes projets pour l'avenir ?
M. J :
Bon, je voudrais travailler, finir mes études en Californie et puis essayer de trouver un emploi comme professeur de français ou d'histoire.
J'ai aussi des plans à long terme, peut-être écrire des livres, ou dessiner des plans pour la construction de bâtiments ou devenir peut-être producteur musical...
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