Truong Quang Kim, maître d'art martial vietnamien
28/12/2002 02:27Eddy Petit
Environ un mètre soixante, pas tout à fait quinquagénaire, un visage joufflu qui lui donne un air rieur : le bonhomme ne paye pas de mine. Pourtant Truong Quang Kim est maître de Vo, l'art martial autrefois en vogue à la cour impériale de Hué, sous la dynastie des Nguyên (1802-1945).
Le bidon rond mais en béton !
18h00, la nuit commence à tomber. Les élèves de l’école Van An Phai, en kimono et ceinture noire, répètent inlassablement leurs mouvements, les Quyên, des gestes de combat codifiés en 1802 par le chef des gardes du corps de l'empereur Gia Long Nguyên. Maître Kim passe dans les rangs, donne quelques consignes, corrige, conseille. Il porte une ceinture blanche et un tee-shirt noir, avec dans le dos le symbole chinois de la puissance.
« Les arts martiaux font partie de la tradition familiale. Mes ancêtres étaient soldats à la cour impériale », raconte Maître Kim. L'Ecole Van An Phai, qu’on peut traduire par « Clan de la paix profonde », a été fondée par son père, le maître Truong Thang, né en 1926 et aujourd’hui décédé. Truong Thang fut l’élève de Nguyên Thanh Van, promu au titre de grand maître par la dynastie des Nguyên, pour lesquels il enseignait le Vo. « Vo », ou « Vo Thuart », signifie « art de la guerre », et c’est sous ce vocable que les Vietnamiens désignent leur art martial. « C’est un art forgé au fil des siècles, le résultat d’une longue tradition du combat », souligne Maître Kim.
« Pour devenir maître il faut un niveau élevé d'art martiaux, une bonne morale et l’expérience de la vie », détaille Me Kim, qui fut initié à l’âge de sept ans par son père, avant de se voir confier, à 18 ans, la direction des études de 400 élèves. Aujourd’hui le professeur perpétue l'enseignement et la tradition de l'Ecole Van An Phai, ce qui inclut non seulement la pratique du Vo, mais aussi, entre autres, celle du Khi Cong, qui signifie travail du souffle ou encore travail de l'énergie. Son ventre rond n’est donc pas dû à une consommation excessive de bière, mais à la maîtrise parfaite de ces techniques respiratoires qui permettent de répartir l’énergie dans le corps entier. « Touche… c’est dur comme du béton. », fait-il remarquer en souriant.
Cette discipline d'origine chinoise, très liée à la médecine traditionnelle sino-vietnamienne, lui permet d'améliorer ses capacités respiratoires et de renforcer sa puissance et sa résistance aux coups. Certains exercices, comme ceux qui consolident la zone de la gorge, permettent de résister aux étranglements. Kim explique que si on transporte l'air dans la jambe, « elle peut devenir dure comme le mur. La fermeté s'atteint grâce à la puissance de l'air, pas grâce aux muscles ».
Pendant que le Maître fait tâter aux incrédules sa jambe en béton, les élèves continuent l’entraînement. Chacun de leurs gestes est inspiré d'un animal, chat, tigre, aigle, serpent, buffle, et même poisson, plus dangereux qu’on ne pourrait croire. « Il faut attaquer et se retirer rapidement. Les attaques visent les points vitaux. » Les techniques les plus impressionnantes sont certainement celles des « ciseaux volants », qui permettaient à l’origine de désarçonner les cavaliers. Au programme également, la maîtrise des armes : un élève salue calmement, puis soudain bondit et fait tournoyer son nunchaku. D’autres manient le bâton long ou le sabre. Les plus jeunes semblent déjà virtuoses.
« J'ai des élèves italiens, américains et même de Hong Kong et de Taiwan », se réjouit le maître, qui précise que le Vo est aujourd’hui pratiqué dans une trentaine de pays, notamment en France. En novembre 1998, un de ses disciples, Frédéric Le Tan, a ainsi fondé à Versailles l'école française Van An Phai, dont l’un des élèves, Kassim Tembely, a remporté la Coupe de France de Combat de la FAMV (Fédération des Arts Martiaux Vietnamiens) en 2001. Kassim a fait le voyage au Vietnam pour se perfectionner et apprendre les techniques traditionnelles auprès du maître, qui l’a trouvé « doué » et doté d’un « esprit saint ». A son tour, Kim s’est rendu en France en avril dernier - son premier voyage à l’étranger. Là-bas, comme dans son pays, il s’est efforcé d’apprendre son art aux plus jeunes… de leur apprendre à se battre, mais aussi et surtout, à travers le Vo, « à mener une vie saine ».
Ecole Van An Phai
Gymnase de l' Ecole Albert Thierry
2, rue des Petits Bois - 78000 Versailles
VanAnPhai@yahoo.fr
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