Trouver son chemin dans Bamako, une aventure ? / Carnet de transport d'un égaré
05/05/2004 14:58Marion GuillotteauTypo Mali
Imaginez une ville, une très grande ville ! Et oubliez tout de suite vos schémas préconçus, issus des capitales européennes aux grandes rues aérées, mais tellement froides. Imaginez une terre rouge qui s'élèverait dans un nuage de poussière à chaque pas. Bordant la route mal goudronnée, des immeubles, petits, grands, suspects ou accueillants, étroits ou imposants, si dégradés qu'on peine à penser qu'ils puissent avoir été neufs.
Les rues fourmillent d'activité : ici des femmes aux cous fixes et tendus par le poids des grandes bassines qu'elles portent sur la tête, là des hommes qui tirent des charrettes dont les contenus débordent.
Un âne tirant une carriole chargée de grosses poutres en bois a décidé de traverser la rue... les véhicules s'immobilisent un instant dans le trafic constant, et les motos tentent quand même de le contourner, plus par défi que pour gagner du temps.
Un arbre décharné sert de portemanteau à des pneus de vélos plus ou moins éventrés. Devant, des gamins audacieux glissés à l'intérieur de pneus de voitures font des courses où le gagnant est celui qui ne chute pas.
Si la rue est très large, elle en devient étroite par tous les étalages qui la longent. Marché improvisé où pêle-mêle, se mêlent et s'emmêlent fruits et biquettes, épices et tissus...
Se déplacer dans cette grande ville n'a rien d'évident : si vous avez rendez-vous, vous ne disposerez probablement pas d'une adresse précise – ce ne serait pas du jeu ! –, mais probablement d'un nom de quartier au nom très exotique, commençant par un « djili » ou finissant par un « bougou », ainsi que d'un monument-repère connus de tous : Bank of Africa ou Rôtisserie d'Ahmed... Le point de chute se trouverait à trois maisons de là.
Prenez votre courage à deux mains et hélez la première voiture jaune qui passe. Marchandez chaque sou de la course jusqu'à parvenir à un prix convenable et montez à bord. Ouf ! Il se peut que les fauteuils soient éventrés, ou que la poussière à l'intérieur du véhicule contraigne le chauffeur à s'en protéger par un bandana devant la bouche, mais peu importe, vous êtes en route pour la destination donnée. Vous le croyez du moins !
Car quelques kilomètres plus tard, le taxi risque de brouter et de suffoquer... arrêt total du véhicule. Avec un peu de chance, c'est seulement une panne d'essence, il suffira alors d'aller chercher une des bouteilles de verre au contenu trouble – communément appelé essence – que l'on vend sur le bord de la route. Un jet dans le réservoir et vous voilà reparti pour quelques kilomètres... Mais il se peut aussi que le véhicule soit fatigué de charrier des clients à 1000 francs CFA la course (1,50 euro). Dans ce cas, votre chauffeur fera jouer ses talents de mécanicien en tapant un peu partout sur le moteur avec son tournevis, histoire de l'ausculter et de diagnostiquer la maladie. Parfois, souffler dans un tuyau sorti de nulle part peut redonner vie à la machine !! (Méthode malheureusement inefficace sur les voitures européennes...). Vous aurez alors le soulagement de voir redémarrer la voiture lorsque le chauffeur joindra deux fils électriques en guise de clé de contact.
Arrivé dans le quartier, le taxi peut encore un peu tourner en rond, le chauffeur hélant les passants pour demander son chemin avant de vous déposer devant le bâtiment repère. Et maintenant, à vous de jouer...
Mais c'est justement le piment du voyage qui fait de lui une péripétie. Que sont tristes les déplacements où le départ comme l'arrivée se font à l'heure ! C'est cela aussi l'Afrique : ne pas savoir quand on arrive et prendre un moyen de transport non seulement pour arriver à destination, mais aussi pour ce sentiment de liberté que procure un trajet totalement désorganisé.
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