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Trois graffeurs français et une cantatrice indienne
16/05/2008 13:56Harjeet JhansBombay
À Mumbai, de jeunes Français armés de bombes de couleurs ont créé des toiles sur les chants de Vasumathi Badrinathan. C’était le 27 mars à l’Université St Xaviers dans le cadre du festival The French Touch organisé par l’Alliance française.
Cinq toiles immenses ont été dressées dans la vaste cour de l’université. Face à elles, trois jeunes graffeurs français attendent avec un tas de bombes aérosol : Julien allias Migwel, Martin (Dezer) et Ken (Keflione). Un peu plus loin, la célèbre chanteuse Vasumathi Badrinathan est vêtue d’un sari chatoyant. Elle s’installe sur la scène avec deux musiciens en habits traditionnels.
Ce soir, la culture de rue française et la musique classique carnatique [musique classique du sud de l’Inde] se rencontrent pour la première fois. Chaque tagueur s’est préparé pour que leur travail forme un ensemble harmonieux. « Dezer va écrire le mot « rag » [musique classique indienne] en écriture hindi, moi je dessinerai le Dieu Ganesh et Keflione fera de la calligraphie » explique Julien.
Du rythme et des couleurs influencés par la musique
La chanteuse ouvre le concert avec un morceau dynamique. Aussitôt, les graffiteurs saisissent un aérosol et se mettent à créer debout, agenouillés, ou sur une chaise. Pendant une heure, une cinquantaine de spectateurs écoutent des morceaux légers et lyriques expliqués en français et en anglais, tout en regardant les œuvres se réaliser. « On a essayé d'accorder les thèmes traités dans notre peinture avec le sens de la musique de Vasumathi Badrinathan. On fait aussi ressentir la musique dans nos gestes : quand le rythme s'accélère, nos mouvements aussi, explique Julien. Il y a une grosse part d’improvisation dans notre peinture, ça permet d’intégrer facilement la musique », ajoute-t-il.
Keflione a créé rapidement un dessin complexe. « Mon graff est fait de plusieurs couches. J’ai essayé d’apporter un nouvel élément, une nouvelle idée à chaque changement de rythme et en fonction des paroles », explique le jeune homme.
De jeunes spectateurs se sont essayés au graffiti sur deux autres toiles. « C’était une soirée exceptionnelle parce qu’il y avait de la musique et de la peinture en même temps. Toutes les toiles sont superbes », s’émerveille Sumitra, 14 ans et fille de la cantatrice, qui a une préférence pour le graff de Migwel. Enrichis de cette expérience, les trois graffeurs réaliseront en France neuf graffs liés aux neuf sentiments qu’évoque la musique classique indienne.
Les peintures miniatures ragamalas
En musique indienne, un raga (ranga en sanskrit) est une entité musicale très codifiée. Chaque raga évoque un ou des sentiments (le rasa, en hindi) et correspond à une saison ou un moment particulier du jour et de la nuit.
Des poètes les interprètent en vers évoquant des personnages, des paysages ou une histoire amoureuse. Des peintres les représentent sous forme de ragamala (guirlandes de raga). Les artistes des cours mogholes avaient pour habitude de représenter chaque raga par six ragamalas. Les ragmala graffs ou graffs-malas sont une nouvelle interprétation libre et moderne de cet art.
Voir notre reportage photos:
La fusion du graphisme français et de la musique indienne
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