Touche pas à mon roi !
27/07/2008 21:32Alexis HontangMarrakech
Mohammed VI, jeune roi au pouvoir depuis 1999, est omniprésent dans la vie marocaine. S’il fait en apparence l’unanimité chez ses sujets, c’est aussi parce que certaines personnes plus contestataires ont souvent été invitées à ranger leur plume.
Vous voulez acheter un timbre au Maroc. Sur les nombreux journaux que le kiosque compte, Mohammed VI s’affiche en une, inaugurant un nouveau bâtiment. Derrière le kiosquier, un énorme portrait du jeune monarque marocain est affiché, un sourire aux lèvres et vous fixant attentivement. Pour payer votre timbre, le billet de 20 dirhams que vous présentiez montre le souverain de 44 ans au premier plan, devant son père Hassan II et sa mosquée, à Casablanca. Pour couronner le tout, sur le timbre, une photo de l’héritier de la dynastie alaouite, descendant directement de la fille du prophète Mahomet. Où que vous soyez au Royaume, l’ombre de Mohammed VI vous suivra. Mais que pensent réellement les Marocains de leur « malik » ?
« Un roi qui fait bouger notre pays »
« C’est un bon roi », reviendra dans toutes les bouches. Pour Abdellatif, 48 ans, « c’est un roi qui fait bouger notre pays et qui fait des gestes envers les pauvres. Il va dans les grandes et petites villes, dans la campagne. Il peut faire le tour du Maroc en une semaine ! » Brahim, 64 ans, qui l’a déjà vu plusieurs fois à Marrakech pense qu’« il est conscient de ses responsabilités et profondément démocrate et honnête ». Enfin, pour Abdellah, 28 ans, qui n’hésite pas à orner sa boutique d’un cadre doré de Sa Majesté : « C’est un roi citoyen. » À Marrakech, on est d’autant plus séduit que le roi passe trois ou quatre fois par an dans la cité millénaire pour ses loisirs.
Aucun Marrakchi ne peut l’éviter. Au pouvoir depuis le décès de son père en 1999, Mohammed VI, marié, deux enfants, est omniprésent dans les médias. Pas un journal télévisé sans inauguration royale à l’ouverture, pas un quotidien sans une photo de lui en une. « On le voit tout le temps à la télévision, c’est vrai », acquiesce Abdellatif. « Ses discours, lors des fêtes, sont aussi très suivis », avoue Abdellah. Une presse qui savoure une liberté d’expression retrouvée, après les années de plomb du règne d’Hassan II (1961-1999) : « Parler en mal du roi dans la rue sous Hassan, c’était un suicide », se remémore Sophia.
Des journaux détruits
Il existe quelques nostalgiques du père de Mohammed VI, qui trouvent aujourd’hui le Maroc trop libéré, sans ordre ni loi, trop occidentalisé. « Avoir des étrangers dans nos rues, c’est bien, mais désormais, il y a beaucoup de trafic de drogues qui n’existait pas avant », regrette Abdellatif, « La vie est aussi plus chère, les prix montent tous les jours… »
À en croire les Marrakchis, personne n’est meilleur que le roi. En 2007, pourtant, le journaliste Moustapha Hurmatallah a été condamné à 56 jours de prison pour un article sur l’armée, le quotidien le plus lu du Royaume, Al-Massae, a été contraint à une amende record de 6 millions de dirhams (550 000 euros) pour avoir publié un article sur le sujet tabou de l’homosexualité (« diffamation et injures publiques ») et 92 000 numéros des magazines Tel Quel et Nichane ont été saisis puis détruits pour des éditos jugés trop irrespectueux envers la personne de Mohammed VI.
Commentaires: aucun


