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Touche pas à mon cèdre !
02/08/2008 23:37Sonia BargeIfrane
La forêt de cèdres qui s’étend sur la province d’Ifrane est la plus vaste du royaume. Sa sauvegarde est plus qu’importance puisqu’elle abrite une faune et une flore uniques joue un rôle de barrière contre le désert. Pourtant, face à la surexploitation dont elle fait l’objet, les membres d’un projet visant à protéger la cédraie ont bien du mal à obtenir des résultats concluants.
La forêt est soumise à des dégradations humaines croissantes dues notamment à la sédentarisation de plus en plus de bergers dans la région (coupe illégale du bois, surpâturage des troupeaux de moutons).
Les forêts de cèdres représentent un tiers de la superficie de la province d’Ifrane, dans le Moyen-Atlas. « C’est la région forestière par excellence », affirme Mohamed Zbati, 37 ans, ingénieur des eaux et forets dans la ville voisine, Azrou. Avec pas moins 116 000 hectares, c’est la plus grande superficie boisée du Maroc. « Le cèdre est un patrimoine national et international, indique Aissa Ibrahimi, ancien officier de l’armée royale de 41 ans qui a choisi de passer sa retraite dans la cédraie, derrière un étalage de pierres précieuses qu’il vend aux touristes. C’est une barrière contre le climat désertique du Sud, et un réservoir d’eau potable. »
La forêt d’Ifrane abrite de plus une flore et une faune uniques avec plus de 250 espèces animales, dont la plus importante population mondiale de singes magots, actuellement menacés d’extinction. Avant qu’il ne disparaisse, il y a de ça une cinquantaine d’années, la cédraie était également peuplée par le Lion de l’Atlas.
Sans même parler du réchauffement climatique, une lourde menace pèse depuis ces dernières décennies sur la cédraie d’Ifrane. La forêt est soumise à des dégradations humaines croissantes dues notamment à la sédentarisation de plus en plus de bergers dans la région (coupe illégale du bois, surpâturage des troupeaux de moutons). « Actuellement on exploite quatre fois plus la forêt que ce qu’il faudrait, ce qui entraîne une destruction de la flore ! » s’exclame M. Zbati.
Pour sauvegarder cette forêt ô combien importante pour la région, les autorités marocaines ont décidé de réagir en lançant le Plan Forestier National du Maroc. Une collaboration est née entre le Haut-commissaire des eaux et forêts, et l’Agence Française de Développement (A.F.D.) pour monter à bien un projet lancé en 2003. Depuis lors, plusieurs actions ont pu être menées dans des différents secteurs. « On essaie de détourner l’attention des populations riveraines (qui compte près de 40 000 habitants) de l’exploitation forestière », indique notamment l’ingénieur. Les partenaires ont ainsi fait appel à 23 associations locales et ont offert à chacune 50 000 dirhams (4 545 €). « Il faut que les personnes qui se servaient de la forêt pour vivre puissent se lancer dans d’autres activités, comme le tissage ou la production de produits du terroir comme le miel ou les cerises », explique M. Zbati. « Nous avons aménagé plusieurs plans d’eau pour les ovins, ajoute-t-il. Et fait une tentative de reboisement, mais ça a été un échec total, car les arbres étaient de trop mauvaise qualité… »
Le musée d’un arbre
Les membres du projet ont également voulu développer l’écotourisme. Pour cela, rien de tel qu’un joli musée, au cœur de la forêt elle-même : la Maison du Cèdre. Sa construction n’est pas encore terminée, mais devrait s’achever fin 2008. Il s’agira alors d’un écomusée contenant un centre d’information sur tout ce qui concerne la cédraie, utile aux guides de montagne, ainsi qu’une cellule de sensibilisation, notamment pour les élèves en sortie scolaire.
Le projet global de sauvegarde de la Cédraie devait durer jusqu’en 2007 ; il a été prolongé de dix-huit mois. Cinq ans et 120 000 000 de dirhams (10 909 000 €) après, le bilan est bien décevant d’après Mohamed Zbati : « C’est un problème de moyens, se justifie-t-il. Le projet n’est pas assez suivi par l’État. » Mohamed Mohache, président d’une association locale qui a suivi le projet de près depuis ses débuts, désigne quant à lui un tout autre coupable. « Les associations font mal le lien avec les riverains. La population ne sait rien de ce projet et c’est ce qui fait son échec », affirme-t-il.
Manque d’investissement budgétaire ou personnel de la part des riverains, dans un cas comme dans l’autre, ce sont la forêt et ses petits habitants qui en pâtissent. Si les singes Magots viennent à disparaître ou si le désert vient remplacer la cédraie marocaine, il sera peut-être un peu tard pour chercher à qui la faute.
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