Tetro : mon frère, ce Dieu*****

03/01/2010 16:10

Coppola en grand chef d’orchestre dans un drame familial sublime où se mêle amour et fausse haine. Magistral.

Presque une évidence. Comment aurait-il pu rater son film ? Coppola, bien loin d’Hollywood, devenant d’année en année un auteur indépendant, au parcours inverse de tous les autres cinéastes à succès, revient au cinéma avec Tetro.L’Homme sans Age, guère apprécié, avait pourtant laissé apercevoir la profondeur de la nouvelle vie cinématographique de Francis Ford. Un cinéma audacieux, exigeant, sans la moindre parcelle de hasard.

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Tetro, de Francis Ford Coppola, avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu (U.S.A, Arg., 2h07, 2009)

Affiche du film Tetro de CoppolaÀ l’instar de Rusty Games ou du Parrain, le maître traite encore de la famille, de son existence tragique, faite de rivalités, de mensonges et de souffrances. Bennie revient voir son frère Angelo à Buenos Aires. Ce dernier, dorénavant surnommé Tetro, a coupé les ponts avec sa famille. Chez Coppola, où la fille, le neveu (Nicolas Cage), la sœur, le père sont tous impliqués de près ou de loin dans le monde artistique, les liens de sang et de cœur sont complexes. Un père chef d’orchestre étouffant, un oncle oublié, des écrits inachevés, ça sent l’autobiographie partielle.

Mises en abîmes

On se sent comme au théâtre avec Tetro. La lampe, la porte, la station de bus, tous les éléments semblent placés là par la volonté scénaristique. Tourné dans un noir et blanc très beau, Coppola se la joue auteur original avec des flash-back aux couleurs tristes, à la pellicule abîmée. La mise en scène illustre cette grande maîtrise de la narration, où l’ambiance est posée d’office. Les 5 premières minutes vous envoûtent. Une musique, mélange de chaleur jazzy et de cordes fébriles de guitare espagnole, se fond dans un Buenos Aires calme, presque travesti en ville européenne.

Bennie et Angelo (Tetro)Le reste du film garde ce degré de maîtrise, avec des opéras où sons et images rappellent les envolées felliniennes et où la citation des Chaussons rouges (à voir absolument !) et surtout des Contes d’Hoffman de Powell et Pressburger effleurent la petite histoire familiale dans une scène de dialogue touchante. Menée comme dans une tragédie grecque, l’incarnation des personnages reflète les rêves, cauchemars et désillusions de Coppola. La critique Alone (Carmen Maura) représente ironiquement le côté bilboquet des critiques de tous genres. Le duo Bennie/Tetro symbolise toute la complexité d’un amour filial difficile à assumer. Les seconds rôles, surtout féminins donnent de l’ampleur à l’ensemble. Vincent Gallo en écrivain refoulé et homme brisé joue merveilleusement et glace le sang par son regard de marbre. Un vrai colosse au pied d’argile (il commence d’ailleurs le film avec un plâtre). Le jeune Alden Ehrenreich (Bennie) fait furieusement penser à Di Caprio ayant hérité de la nonchalance de James Dean.

Tetro est un grand film d’auteur, loin d’être opaque. On y lit à travers l’œil de Coppola une fragilité où le drame du quotidien se mêle à une étrange légèreté dans certaines scènes. On en ressort envoûté, submergé par la fraîcheur avec laquelle celui qui naguère flirtait avec Spielberg et Lucas (qui eux ne sont jamais sortis de la machine à fric hollywoodienne) se fait une deuxième carrière. À la vue de ce Tetro, on se dit qu’une pièce de théâtre serait une bien belle idée. En tout cas, bravo Maestro !

Tetro, de Francis Ford Coppola, avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu (U.S.A, Arg., 2h07, 2009)

Bande annonce (Allociné)

 

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