Ted ou l'émancipation par les langues

04/07/2006 11:07Harjeet
La Chine attaque l'Inde en 1961 tout en disant « Bhai-Bhai», c'est-à-dire « nous sommes des frères ». Une période d'amertume commence pour moi et beaucoup d'autres Indiens. Puis l'année dernière, je reçois un message de Ted, un jeune Chinois étudiant en français, par le biais d'une amie. Au fil des mails, mes préjugés tombent et je vois un jeune homme comme tout le monde. Voici son histoire.

Putin, quelques heures la grande ville industrielle de Shenzhen. Une mère chinoise met au monde un fils.  Malheureusement, elle ne peut pas le garder auprès elle. Il faut qu'elle aide son mari à diriger une fabrique de boules de billard américain. Des nounous s'occupent donc du petit Ted grincheux. Il a un besoin permanent du réconfort et de la tendresse de sa maman. Mais ce petit bébé sensible et geignard passe d'un foyer à l'autre, chez des amis ou des proches.  Il passe les premiers dix années de son enfance dans ces ambiances qui ne lui conviennent pas. « Avant l'âge de dix ans, je ne suis pas resté avec mes parents.» Ted garde un mauvais souvenir de ce temps-là : Il se rappelle la maltraitance, la malnutrition, la brutalité de ses aînés
Un jour le père est de retour à la suite d'une faillite financière. Il prend en charge ses enfants. Pourtant, ça ne change rien dans la vie de jeune Ted. Le père domine avec rude autorité ses enfants. C'est un tyran, ce père. « Il était autoritaire avec ses employés. Il a commencé à appliquer la même formule vers mon éducation ». Le jeune Ted est puni pour ses mauvaises notes. Interdiction de boire et de fumer. De jouer, aussi. « Je ne peux pas jouer au billard américain alors que mon père était fabricant de boules de billard. » Ted se referme sur lui-même.
L'adolescent invente, faute de jeux, son propre univers. Il rêve de devenir chef d'Etat afin de récupérer les antiquités volées à la Chine et même de régner sur le Japon. Plus tard, ses chimères s'envolent avec la rude réalité. Il faut devenir un adulte. Il se passionne alors pour la littérature.  Mais il n'ose pas contredire son père qui choisit la technologie pour son fils. Le manque d'intérêt pour ce système éducatif sans fantaisie marque le parcours universitaire du jeune Ted.  Il suit un cours scolaire très commun comme bien des ses camarades.  Portant son goût pour l'anglais est un atout qui lui permet de s'ouvrir au monde. A l'université il côtoie avec des professeurs étrangers de tous horizons. A la fin de licence, il opte pour une maîtrise de linguistique. Il  étudie le français lui-même.
Aujourd'hui, ses rêves se transforment. Ted veut devenir interprète et parcourir la planète. Grâce à ses dons il a déjà trouvé un poste de traducteur.  Il est  loin de l'ombre de son père mais son jugement continue de le suivre. « Ma famille influence mon opinions même si je suis adulte. »
 

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