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Taxis dans la tourmente
29/07/2008 20:42Alexandre MathisMarrakech
À chaque coin de rue au centre-ville de Marrakech, des chauffeurs de taxi guettent patiemment les touristes. La profession profite de l’explosion touristique du pays, mais souffre paradoxalement d’un pouvoir d’achat en baisse.
Dans les rues fréquentées de Marrakech, de vieilles autos klaxonnant déboulent de partout. Ces petites voitures jaunes attendent les voyageurs avec appétit pour les conduire à leurs destinations touristiques favorites. « Les touristes nous demandent avant tout les monuments historiques », explique un chauffeur qui attend la clientèle place Jemaâ-el-Fna.
Or, que vous soyez marocains ou non, les tarifs ne sont pas le même. « Avec les touristes, les taxis essaient de gagner plus d’argent ! », estime Omar El Jazouli, maire de Marrakech. Les Marocains sont même parfois refusés par les chauffeurs, préférant profiter des liasses de billets des Occidentaux. Un chauffeur coopératif donne la technique pour avoir les bons tarifs : « Si vous maîtrisez ne serait-ce que quelques mots de marocain, ils acceptent de négocier, car ils ne vous prennent pas pour le touriste de base. »
Les taxis disposent pourtant d’un compteur, sorte de boîtier qui permet de contrôler les tarifs selon la course demandée. « […] On lutte pour [qu’ils mettent le compteur], il y a peu, ils ne le faisaient pas », affirme le maire de la ville ocre. Il estime qu’il y a un réel progrès, mais que « cela ne suffit pas ».
Dans les véhicules qui disposent de six places, aucun compteur n’existe. « Les clients essaient de négocier tout le temps alors que nous pratiquons des tarifs normaux », bougonne un chauffeur devant son grand taxi. « Notre but n’est pas d’arnaquer le client, mais les tarifs ont été fixés il y a dix-huit ans, ce n’est pas à jour, proteste Abdoullah. Le prix du gasoil augmente. J’ai à peine de quoi vivre au quotidien. Cela fait sept ans que je suis taxi et j’ai de plus en plus de mal à en vivre. » Leur revendication est donc simple : ils demandent la revalorisation des tarifs. Une réclamation pas encore entendue.
Des clients qui les boudent
Conséquences de ces tarifs, certains tournent le dos aux tacots jaunes. Certes, les vacanciers s’entassent le long des avenues secouant le bras, dans l’espoir qu’un chauffeur les prenne. Mais tous ne sont pas ainsi. Olivier et Cécile Fournier, qui voyagent avec un ami allemand, Daniel, lâchent : « Nous ne connaissons pas les tarifs, nous préférons nous déplacer à pied, il faut faire gaffe de ne pas se faire entuber. »
Les Marocains non plus ne sont pas toujours friands des boîtes jaunes. Boulice, un Marrakchi de 30 ans, analyse ainsi la situation : « Quand vous avez une voiture, vous l’utilisez, sinon les Marocains préfèrent prendre le bus, c’est moins cher ! »
À ces conditions défavorables à la profession s’ajoute un autre souci : l’ancienneté des automobiles. « Il faut que les taxis aient les moyens de changer de voitures, affirme ainsi Omar El Jazouli. […] Quand quelqu’un vient [à Marrakech] dans un jet privé, qu’il atterrit ici ce n’est pas pour s’installer dans un vieux tacot de 25 ans d’âge… » Il est vrai que les vieilles voitures utilisées polluent beaucoup, n’ont souvent pas de ceintures et que leur confort laisse à désirer. Le maire craint pour son image et brandit la menace de créer une nouvelle concurrence. « Pourquoi ne pas penser à la création de sociétés de taxis, si ceux-là ne veulent pas se moderniser ? On donnerait une licence à une société, pour gens aisés notamment. » Pas de quoi aider les actuels chauffeurs à mettre du beurre dans leur tagine !
Chaque ville a sa couleur de taxi : crème à Marrakech, bleu à Rabat, rouge à Casablanca
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