Sur les routes du devoir de mémoire... !
04/10/2005 10:51Alexandre MathisTypo Chalon sur Saone
De nombreuses classes partent, chaque année, à la rencontre de l'histoire des camps de concentration et d'extermination. Dans ce domaine, Auschwitz est la destination privilégiée. Ainsi à Semur-en-Auxois deux classes de première du lycée Anna Judic sont partis à la rencontre de l'horreur nazie.
À l'aube des commémorations du 60ème anniversaire de la libération des camps, les classes de 1ère L et 1ère ES du lycée de Semur-en-Auxois décident de partir en République Tchèque et en Pologne pour bien comprendre la Shoah. Christine Mehdaoui, professeur d'histoire géographie et co-organisatrice du projet, parle « d'entretenir la mémoire dans un but d'agir dans le présent pour les générations futures », lorsqu'elle veut résumer le principal objectif de ce voyage initiatique.
Là-bas, les visites des quartiers juifs de Prague, de Cracovie et le passage par le camp de Terezin, en République Tchèque, permirent aux élèves d'être « bien préparés » d'après Morgane Gaudiau, élève qui fit partie du groupe. Au quatrième jour du périple, qui en compta cinq, les jeunes porteurs du souvenir, découvrirent, à la fois horrifiés et ébahis, Auschwitz et Birkenau. Même plusieurs mois après cette expérience, la douleur est toujours là. Noémie Paillard se souvient : « j'ai été particulièrement marquée par les dessins d'enfants qui, à leur âge, dessinaient déjà l'horreur ». Selon la personne, le souvenir, toujours poignant, est pourtant différent. Jean-Philippe Pain fut plutôt frappé par « l'intensité des lieux ». « On remarque tout de suite l'organisation de l'époque, avec les hommes et les femmes séparés dans cette immensité. C'est impressionnant. »
Une vision de la vie qui a changé
Mais comme le rappelle leur professeur, leur rôle est maintenant de commencer à parler « au nom des victimes pour les générations futures, car les témoins disparaissent peu à peu ». Et ce choc a véritablement changé la vision de la vie pour ces adolescents. Élodie Pouchoy avoue volontiers qu'elle a découvert « à quel point l'Homme pouvait être monstrueux et raciste. » Pour elle, le traumatisme fut tel qu'elle « ne veut plus y aller » et qu'elle « évite d'y penser ». Jean-Philippe en retire surtout « une plus grande tolérance envers les autres ». Pour autant, le devoir de mémoire pourra-t-il être accompli ? Oui, s'ils devaient rencontrer un négationniste, disent-ils, il en prendrait à coup sûr pour son grade. Car ces élèves n'ont pas la langue dans leur poche. Pour preuve, les premières paroles de Morgane et d'Elodie seraient du genre : « mon pauvre, il faudrait ouvrir les yeux ! ».
Témoigner, un acte pas si facile
Malgré tout, la douleur d'un souvenir passager ne facilite pas le témoignage. Autrement dit, les conditions de visites, assez rapides, le côté musée des lieux visités et le beau temps auquel les élèves ont eu droit ce jour-là, peuvent compliquer l'immersion et ne pas totalement rendre compte de l'ambiance de l'époque. Ainsi les élèves de 1ère L ont voulu, à leur retour, rendre de façon théâtrale leurs impressions de ce « voyage scolaire » vers l'horreur. Cette tentative de témoignage ne put voir le jour, car la réalité ne pouvait être montrée fidèlement sur une scène. Malgré tout, la façon dont tous ces élèves ont évolué laisse présager que la mémoire des victimes de l'holocauste ne tombera pas dans le silence et l'oubli une fois que ces dernières ne pourront plus en parler. « Pour moi, revivre le passé est impossible mais le nier est impensable » : c'est ainsi que Morgane définit cette mission et c'est certainement ce qu'il faut en retenir.
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