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21/07/2011 10:51Esteban LopezChalon sur Saône
Dans son exposition monumentale émouvante et personnelle inspirée de l’histoire de son père, la plasticienne et vidéaste Fanny Bouyagui relate son voyage en Italie du Sud, à la rencontre des immigrés.
Le lieu lui-même n’est pas anodin. Pour son exposition monumentale consacrée à l’immigration, la plasticienne et vidéaste Fanny Bouyagui a investi un hangar de l’Aproport de Chalon. Un lieu reculé, au bord de la Saône qui n’est pas sans rappeler l’étape finale du périple de ces milliers d’immigrés qui chaque jour tentent désespérément de rejoindre l’Europe depuis l’Afrique, l’Eldorado tant espéré où ils placent tous leurs espoirs et ceux de leurs familles. Un voyage qui leur coute jusqu’à leur dernier sous, dépouillés tant financièrement que moralement, ces milliers de sans-papiers n’arrivent pas tous à destination.
Une installation gigantesque née de l’histoire paternelle
A travers son exposition monumentale, Fanny Bouyagui a voulu transmettre l’histoire personnelle de son père, lui-même immigré. Seulement pour lui à l’époque, tout se passe pour le mieux. Très vite, il parvient à obtenir ses papiers en règle, à trouver un emploi, un logement puis à se marier. « Grâce à cette exposition, c’est aussi une comparaison entre deux époque que Fanny a voulu présenter » confie Sabine Duthoit, l’assistante personnelle de l’artiste. Aujourd’hui, accéder à l’Eldorado européen est un périple des plus dangereux et malgré l’espoir sans faille des milliers d’immigrés, un rêve souvent brisé pour beaucoup d’entre eux. En 2010, Fanny Bouyagui s’est rendu à la rencontre de ces immigrés en transit en Italie du sud, à Castel Volturno. Une ville de 23.000 habitant, presque autant d’immigrés clandestins. Là-bas, chacun se démène pour trouver un travail qui ne sera pas payé plus que 2,50€ l’heure. Une misère. L’exposition de Fanny Bouyagui présente cet Apartheid géant à travers des articles de presse, des portraits photo et également des interviews d’hommes et femmes installés dans la ville, tournées par la vidéaste. L’installation est immense. Les spectateurs progresse dans ces grands hangars, murés de grands blocs de cartons broyé. Bientôt apparait un tas gigantesque de poubelles et suspendu au mur, une affiche électorale arborant un Silvio Berlusconi, chef du conseil italien, au sourire séducteur. Dans la pièce suivante s’élève « le mur de l’argent », un grand mur formé de boites aux couleurs des billets de l’Euro. « Il s’agit là de la première motivation de ces hommes et de ces femmes » continue Sabine Duthoit, « gravir ce mur de l’argent ». Plus loin, ce sont des centaines d’avions miniatures qui s’alignent au sol, bordés de néons rouge. Charters à destination de l’Afrique ? Le nombre d’avion qu’il faudrait pour aider les immigrés à rejoindre l’Europe ? Chacun y verra ce qu’il voudra.
« La difficulté d’être un citoyen du monde ».
A la sortie du Hangar, les spectateurs sont sans voix, sous le choc d’une réalité que chacun connaît pourtant. « Je n’ai pas appris grand-chose en découvrant cette exposition mis à part les détails et les histoires personnelles des immigrés » explique Remy. Venu de la région centre avec sa femme Florence et ses deux filles, Myette et Lila, le chef de famille a pourtant tenu à visiter cette exposition avec ses enfants. « Je considère qu’un tel travail représente un véritable choc culturel. Et ce sont grâce à ces chocs culturels que l’on forge une personnalité ». Se forger une personnalité pour ne pas passer à côté de ces réalités terribles qui nous entourent. Cette famille qui revient d’un tour du monde le sait mieux que personne. « Nous étions entre autre en Syrie. Sur place, jamais je n’aurais pu imaginer la répression décrite dans les médias. La cruauté nous entoure et on peut facilement vivre et passer à côté » conclue le père de famille.
A l’heure où la question de l’immigration n’a jamais été aussi présente dans les médias, Fanny Bouyagui propose sa vision de ce fléau, inspirée de l’histoire de son père à travers son exposition monumentale. Dénonciation de cette réalité dans laquelle nous baignons pour que chacun n’oublie pas ou prenne conscience. « Lorsqu’un français est enlevé en Afrique, ça fait la une des actualités pendant deux semaines. Quand un noir meurt en Europe, est-ce qu’une seul journaliste y consacre une ligne ? »Interrogeait un immigré dans une interview tournée par la plasticienne.
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