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Souvenirs d'outre-mer
26/04/2009 18:57Alexis HontangSaint Denis
Personnage majeur de l'histoire de l'art réunionnais, Louis-Antoine Roussin (1818-1894) a laissé derrière lui plus de 400 lithographies. Son œuvre constitue aujourd'hui un formidable témoignage sur la société coloniale du XIX siècle
Le musée Léon-Dierx, à Saint-Denis de la Réunion, s'est installé dans une de ces maisons qui sentent le temps révolu du colonialisme à plein nez. Pourtant, du 13 décembre 2008 au 31 mai 2009, cette maison aux quatre colonnes blanches, n'aura jamais été autant appropriée à l'exposition qu'elle reçoit : l'œuvre quasi complète de Louis-Antoine Roussin, artiste incontournable du XIXe siècle. À cette époque, la Réunion, colonie française, était connue sous le nom d''île Bourbon – jusqu'en 1848 – et Saint-Denis n'étouffait pas de ses rues noires de voitures. C'est du moins ce que montrent les lithographies. « Ce sont les plus fidèles représentations de la Réunion du XIXe »,explique d'une voix posée Bernard Leveneur, responsable par intérim du musée Dierx. « Louis-Antoine Roussin a vraiment abordé tous les aspects de l’île. Il fut même le premier, par exemple, à représenter des processions tamoules. Son travail a rendu possible la connaissance de l’histoire de la Réunion. »
Né en Avignon le 3 mars 1819 d'un père boulanger, Roussin fait partie de ces métropolitains désireux d'une nouvelle vie dans les colonies. Il rejoint l'île Bourbon en juin 1842 en tant que sergent de l'infanterie de marine. À 24 ans, son service militaire achevé, l'Avignonnais décide de rester sur l'île. Il ne la quittera plus. « Alors que l’on ignore s’il a suivi des études artistiques auparavant, il va s'affirmer ici en tant qu'artiste », poursuit M. Leveneur. Il exerce beaucoup de professions dans ce domaine : imprimeur, journaliste, photographe, peintre, professeur de dessin, éditeur et, bien sûr, lithographe. » Pourtant, avant l’arrivée de Roussin sur les rives de l'océan Indien, l'oscilloscope créatif de Bourbon restait incroyablement plat. Quatre tableaux, au tout début de l'exposition, résument la période « pré-Roussin ». « Il n'y avait essentiellement que des portraits. » En reprenant une presse lithographique usée par le temps, Roussin provoque plusqu’une révolution.
Une multitude de sujets
À partir de 1847, une publicité des plus surprenantes envahit les journaux locaux : moyennant un abonnement payant, Louis-Antoine Roussin vous envoie trois lithographies par mois. « Il n'y avait pas de sujet fixe. C'était un peu comme un inventaire à la Prévert », explique Bernard Leveneur. Une fois, le phare de Sainte-Suzanne ; une autre, un homme d'origine chinoise ou encore le fruit carambole. Mais Roussin ne se contente de copier simplement la réalité. Sa touche artistique le distingue. « Il malaxe la matière inlassablement, en jouant sur les détails, les couleurs s'il y en avait, et en exécutant un dessin parfait ». Jusqu'à proposer plusieurs versions d'un même sujet, comme cette œuvre n° 25, où, d'un dessin à l'autre, il rajoute un personnage et change les attitudes. « On ignore pourquoi il faisait cela. C'était en tout cas très commercial ! ». Ces Souvenirs englobent 140 lithographies.
En 1850, l'aura de Roussin auprès des élites blanches de l'île est indéniable, malgré un caractère, paraît-il, propice à des montées de colère mémorables. Six années plus tard, sa vie prend un nouveau tournant dès lors qu'il a l'idée d'un projet plus pharaonique encore : compiler les lithographies avec des textes explicatifs dans un seul et même ouvrage, l'Album de l'île de la Réunion. Roussin fonctionne toujours grâce au principe de l'abonnement, pour assurer son assise financière. « De 1856 à 1876, il produit cinq volumes. C'est la première édition de l'Album. La seconde regroupe, elle, 4 volumes et se déroule de 1879 à 1886, détaille Bernard Leveneur, « C'est LA mémoire visuelle de la Réunion. Comme auparavant, il va traiter de tout, de la faune aux ethnies de l'île. Il va laisser pas moins de 200 articles et 400 lithographies. » La plus célèbre restera celle de « La Danse des Noirs ». Au premier plan, une foule de populations noires fête l'annonce de l'abolition de l'esclavage, votée en 1848. Au son des tam-tams, tout le monde danse, certains en ronde. Derrière eux, la montagne et l'océan, sur lequel naviguent des goélettes, semblent imperturbables à cet événement. « Mais c'est une copie à la Roussin d'un tableau peint par Potémont ! », nuance le responsable du musée Dierx.
L'artiste décède le 14 septembre 1894. À Bernard Leveneur de conclure :« Son travail a pu permettre de mettre une tête sur un nom, une image sur un événement. L'abondance des lithographies et sa carrière sont vraiment exceptionnelles. C'était un vrai homme du XIXe ! »
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