Souvenirs arborés

28/07/2009 12:53Quentin GuilletLa Réunion
Créé il y a près de 250 ans, le Jardin de l'État, à St-Denis, a rouvert ses portes après trois ans de fermeture. Et toute une génération se replonge dans son enfance bercée par les « grains de bouchons » et les floralies.

 

Badamiers, calebassiers, saucissonniers... Le Jardin de l'État s'est paré de ses plus beaux arbres pour sa réouverture. Les amateurs de plantes que sont les Réunionnais l’attendaient avec impatience depuis trois ans. « Je me souviens, il y a 50 ans, vers l'âge de 10 ans, je venais m'amuser avec les autres enfants. C'était une vraie forêt : il y avait même un singe et une tortue » témoigne Antonie Crescence, qui revient à St-Denis à l'occasion de la réouverture pour présenter son association botaniste, les Jardins Créoles.

Le jardin de l'Etat se situe au bout de l'avenue de Paris, une artère de Saint-Denis.
Le jardin de l'Etat se situe au bout de l'avenue de Paris, une artère de Saint-Denis.

Espace de détente aujourd'hui, le lieu est passé par bien des étapes avant d’atteindre son aspect actuel. Tout commence en 1761, lorsque des berges émerge le Jardin de la Compagnie des Indes. Il prend forme grâce à l'aide de deux botanistes, Pierre Poivre et Joseph Hubert. « On importait des fruits, ananas, bananes, oranges et mangues d'Inde et d'Europe », raconte Monique Macresy, elle aussi impliquée dans l'association Jardins Créoles. Les plants étaient ensuite distribués aux Réunionnais. Ils les cultivaient sur leurs propres terres. C'est donc au Jardin de l'État que les Réunionnais doivent les fragrances de leurs lopins particuliers. Devenu Jardin du Roi en 1767, il est sublimé durant le XIXe siècle par Nicolas Bréon et Jean-Michel Claude Richard, deux jardiniers d’excellence. Place ensuite au Jardin Colonial. C'est alors un lieu de promenade prisé des citadins, où les figuiers côtoient les courbarils, un arbre localement appelé « grain bourrique ».

Le jardin de l'Etat a été créé en 1761!À la départementalisation, en 1948, il redevient Jardin de l'État. À partir de cette époque, les jeunes enfants, quinquagénaires d'aujourd'hui, se retrouvent sous les feuilles des tecks pour s'amuser. « Maintenant, il y a des camphriers. Mais ceux-ci ont remplacé les « grains de bouchons » (des arbres de 20 mètres environ dont les fleurs donnent des fruits semblables à des petites prunes, NDLR). Je me rappelle que l'on jouait avec les fruits. On organisait des batailles ! », se remémore Monique Macresy. Elle revient dans le jardin de son enfance à la demande de la municipalité qui a souhaité la présence d'associations et de producteurs de miel, géranium ou autres huiles essentielles pour la réouverture. Les Jardins Créoles organisent une bourse aux plantes pour l’échange de plantes ou de boutures. Mais, pour les visiteurs, ce n'est ni cette opération, ni la présence de produits locaux qui les attirent. « Je suis native de la Réunion, raconte, éblouie, l'une d'entre eux. Si je reviens ici, c’est pour revivre les souvenirs de mon enfance ».

                                                                                                         

 

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