Sous le voile noir la passion brûle

02/06/2006 16:33Marion Avarguès
En 2000, le film de la réalisatrice iranienne Bani-Etemad, « Sous la peau de la ville », triomphe de la censure pour envahir les cinémas. Résultat : plus d'un million d'Iraniens se précipitent. Ce film raconte leur quotidien : misère et peur, mais aussi bravoure et espoir. Cette oeuvre est défendue par la Bobine.

« Sous la peau de la ville » fait, par le portrait d'une famille typique, la peinture de Téhéran, ville de 16 millions d'habitants. Cette famille gravite autour de Tuba, la mère. Sans elle, sans sa force de volonté, tout partirait en cendres. Mais Tuba demeure, unique pilier, unique lumière dans ce chaos. Elle est la condition de la cohésion, de l'harmonie, de l'unité. Et même quand tout semble perdu, quand elle chute et semble ne plus pouvoir se relever, elle se redresse d'autant plus, flamboyante. Autour d'elle, d'autres personnalités s'expriment : son mari, malade et vieilli avant l'âge, n'a plus guère de conviction, ni d'autorité. Il traîne dans les alentours en boitillant, déjà las de tant de vie. Maboubeh, la cadette, aspire à une autre existence. En pleine adolescence, elle découvre les joies de l'interdit et de la transcendance, mais également la cruauté du monde. Ali, son frère, trouve sa raison de vivre ailleurs, bien ailleurs. S'impliquant corps et âme dans la lutte politique, il néglige ses études, au risque de tout perdre...pourtant, ce sera lui qui osera agir. La grande sœur, victime de son temps et de son pays, est déjà loin, emprisonnée d'un mari qui la bat et la méprise. Enfin, l'aîné, Abbas, se démarque nettement du noyau familial. Ayant foi en son ambition, il adopte un mode de vie occidental pour pourvoir aux besoins de sa famille. Galvanisé par ses possibilités, il se fixe sur une seul but : que la richesse abonde et rende heureux tous ceux qu'il aime. Cette belle âme, hélas, se verra flouée, et s'effondrera au plus bas. Heureusement, quoiqu'il arrive, Tuba est là. Certes elle n'incarne ni la révolution, ni l'émancipation, mais véhicule pourtant des valeurs intemporelles : dignité, modestie, courage. Elle a choisi de se sacrifier pour les autres, et lutte jour après jour pour sa famille. Travaillant très dur à l'usine, elle refuse catégoriquement de quitter le taudis où elle vit et assume sa condition. Sa vertu, c'est d'accepter ce qu'elle est et d'agir en conséquence. Contrairement à beaucoup, elle ne s'enferme pas dans le huis clos du rêve, mais reste pragmatique. Tous ceux qui tomberont, elle les relèvera, encore et encore.

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