Sous le charme de Torreton
14/02/2006 14:04Mickaël BLACHOT & Lina TBATOUDijon
A l'occasion d'une escale à Dijon où il a interprété le rôle de Richard III pour la énième, Typo a eu la chance de rencontrer Philippe Torreton dans sa loge au Grand Théâtre. Cet acteur au talent indéniable n'a cessé tout au long de sa carrière de nous épater avec des rôles époustouflants, maintes fois récompensés. Nous avons eu le privilège de nous entretenir avec une personnalité simple, sans chichis
Comment en êtes-vous arrivé à faire du théâtre ?
Je n'ai pas vraiment décidé de faire du théâtre. C'était à l'initiative de mon prof de français de cinquième, qui, lors d'une réunion parents-professeurs a proposé à ma mère que je fasse partie de son club de théâtre qui fonctionnait depuis quelques années. J'étais à l'époque un élève timide en fond de classe, pas un cancre, mais effacé. Ca n'avait pas été une vraie décision de ma part mais ça me plaisait bien. Puis j'ai continué dans un club-théâtre au lycée ; j'ai fait partie de plusieurs troupes amateurs dont la dernière s'est dissoute. J'ai ensuite travaillé avec différentes personnes, puis préparé le concours du Conservatoire avec l'un d'eux. J'ai tenté ce concours en 1987-1988, j'en suis sorti en 1990. Puis j'ai été contacté par la Comédie Française où j'ai travaillé 10 ans.
Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes qui aimeraient faire du théâtre leur profession ?
Je n'ai pas de vrai conseil. En fait il faut déjà faire du théâtre, être concret. Chez soi, à l'école ou au Conservatoire de région, il faut progresser dans les différentes structures. Il faut voir à partir de quel moment on a fini de progresser. On n'a pas forcément une fibre théâtrale. Pour moi par exemple ça n'a pas du tout été le cas. J'en ai fait très tôt, et c'est cette joie, cette excitation de la scène qui m'a plue. On avait peur, on n'osait pas rêver, on savait que ça serait un métier compliqué. Jusqu'au bout j'ai continué mes études. On n'est pas obligé de savoir tout de suite que c'est ça dont on a envie. Cela peut être très dur, vous savez, quand on fonde tous ses espoirs dessus. Au Conservatoire de Paris j'ai eu de la chance, j'ai été pris, mais il fallait voir l'état épouvantable des recalés, qui avaient fondé tous leurs espoirs là-dessus. Peut-être voulaient-ils trop faire ça. Ca a été une vraie désillusion. Je dirais que pour faire du théâtre, il ne faut pas trop le vouloir... (Rires)
Vous faites aussi des actions pédagogiques dans les lycées ?
Oui, en fonction de mes horaires. Ca se passe souvent à l'initiative du professeur de Français. Les élèves me posent des questions sur moi, sur mon métier... J'aime bien ça, c'est une façon d'être fidèle à ce que j'aimais quand j'étais petit. On a vu des chanteurs, des acteurs et j'aimais bien quand ils parlaient de leur vie en classe. C'est à l'école publique que j'ai rencontré le théâtre, je me sens un peu redevable de ça. Quand on a la chance de faire ce qu'on a envie de faire, y compris dans l'exercice de son métier, il faut en faire profiter les autres. Par exemple pour Richard III, c'est moi qui avais envie de jouer ce personnage, j'ai discuté avec un jeune metteur en scène dont j'avais vu les spectacles. J'ai passé deux trois coups de fil et on a réussi à monter la production. Les gens m'ont fait confiance. C'est ça que j'essaie de faire passer aux enfants, on vit dans un monde assez dur, ce n'est pas évident d'être jeune aujourd'hui et de vouloir faire un certain métier. Je pense qu'il faut avoir des rêves, des ambitions secrètes. C'est une part de ces rêves que j'aimerais faire passer, montrer que c'est possible.
Après Jaurès et Napoléon, vous incarnez Richard III. Vous n'en avez pas assez des rôles historiques ?
Peut-être parce que j'aime l'histoire, tout simplement... L'histoire est la source de destinées humaines formidables. C'est cela qui m'intéresse, les sentiments forts, excessifs. Il y a aussi ce qu'on dégage qui fait que l'on est choisi ou pas. En entrant au Conservatoire je me sentais davantage fait pour jouer les petits amoureux de Molière. Tout de suite les profs m'ont renvoyé une image de moi-même plus terrestre, plus rude. Ce n'est pas que ça me plaît, mais c'est surprenant de voir que l'on se fait une autre image de soi que ce que l'on dégage. Il semble que je dois dégager plus de puissance ! C'est cela qui m'a emmené à des rôles plus forts, comme des destins humains absolument inédits.
En quoi selon vous Richard III est-elle une pièce toujours d'actualité ?
C'est une pièce actuelle car elle parle de pouvoir. Le pouvoir existe toujours, non ? (Rires) Les luttes sont toujours les mêmes. Quelques hommes politiques sont venus lors de la première. Tous m'ont dit que c'était une très belle métaphore de la politique, de ce qu'ils vivent au quotidien. Dans le monde de la politique, les moyens sont très durs, le combat est âpre. Et même si aujourd'hui, on n'assassine plus, cela revient plus ou moins au même. On parle en effet toujours d'assassinat politique, non ?
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