Sous la plage, les chantiers

07/07/2008 07:19Alexis Hontang
Ah le Maroc ! Ses plages ensablées, ses palmiers le long des avenues, ses couscous épicés, ses souks colorés... Quand on débarque sur le tarmac de l'aéroport de la Menara à Marrakech, ces clichés ensoleillés hantent la tête d'un touriste qui a laissé tous ses tracas quotidiens dans un terminal de Paris-Charles de Gaulle. Mais, au fond, pour un étranger lambda, qu'est-ce que le Maroc, au-delà de ces stéréotypes avantageux ? Un peuple miséreux qui profite de la présence de touristes pour grappiller quelques dirhams par-ci, par-là ? Des parents de ces Maghrébins tant redoutés qui pourrissent dans les blocs spartiates de nos banlieues ?

Le temps de deux semaines, en avril, sans soleil (avec même une heure de pluie, un jour !), sans couscous géants, j'ai appris à découvrir un pays où se mélangent divers contrastes, où la notion de choc des cultures prend tout son sens. À Marrakech l’ocre, en terres berbères, il règne une atmosphère envoûtante, symbolisée à merveille par les ruelles animées des souks, l'agitation permanente de la place Jemaâ-el-Fna ainsi que par l'hospitalité de ses résidents.

Puis le revers de la médaille vient vite frapper le flâneur étranger : racolage incessant des serveurs, harcèlements oraux par les marchands de gadgets et autres charmeurs de serpents, bakchich. Comme le démontre l'exemple marrakchi, peindre un tableau complet du Maroc relèverait d'un acte de courage, noble mais inaccessible. Car si les couleurs utilisées pour décrire les métropoles de Casablanca ou Rabat ressemblent à celles d'Europe, il sera dur de trouver la juste dose pour montrer les subtilités de l'Atlas, de la région tangéroise, des côtes atlantiques ou du Sahara occidental.

 

Plus d’un demi-siècle après le Protectorat, Mohammed VI n’a plus à remercier les Français comme son grand-père, Mohammed V, qui avait l’obligation de finir ses discours par « aux Français, épris de cette liberté qui conduit le pays vers la prospérité et le progrès ».

Les temps changent, l’économie bat son plein, certaines mœurs se libéralisent, l’ouverture au monde est prônée. Mais au-delà des clichés touristiques et des améliorations de condition de vie – grandes surfaces, nouvelles technologies, infrastructures de transport - des questions ténébreuses – quid de l’islamisme radical, de la destruction de l’environnement, d’un système peu tolérant ? - gangrènent l’avenir du royaume chérifien, comme pour rappeler que ce pays a beaucoup, beaucoup de chemin à accomplir avant de rivaliser avec ses voisins européens. Les minorités vont-elles réussir à se faire entendre ? Les intouchables puissances royales assureront-elles des libertés plus grandes aux citoyens, aux journalistes ?

Sous la plage, le chantier ne fait que commencer…

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