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Sous l’œil des cousins
09/11/2004 10:45Marion AvarguèsTypo Chalon Chalon sur Saone
Un an et demi après le reportage réalisé au Québec par une équipe de lycéens de Typo Bourgogne, onze jeunes Québécois ont été accueillis le mois dernier dans notre région, pour nous rendre la pareille. Ces jeunes journalistes ont quitté leur Belle province aux lacs immenses et aux longues étendues inhabitées pour réaliser, à leur retour outre-Atlantique, un reportage sur leur séjour en France. Christina et Andréanne, 17 ans et 18 ans, nous font part de leurs observations sur notre pays.
Quelle image aviez-vous de la France avant de partir ?
On considérait la France comme une richesse historique, mais aussi comme une multitude de grand monuments. A travers ce qu'on en voyait, la petitesse du paysage nous surprenait, parce qu'elle faisait contraste avec la vasteté du Québec ; tout paraissait collé et serré. C'était également le symbole du fromage et du pain. Quant au Français, on se l'imaginait coiffé d'un béret et portant une baguette de pain sous le bras. On avait aussi entendu certaines rumeurs disant que l'eau était très chère en France et qu'ainsi les gens se lavaient très peu !
Et maintenant, qu'en pensez-vous ?
La plupart de nos croyances coïncident plus ou moins. Mais l'aspect technologique est plus élevé que ce qu'on en savait. Quant à l'éducation, on s'est rendu compte que c'était assez différent dans l'ensemble, les idées divergent des nôtres.
Quelles sont les similitudes et les différences avec le Québec ?
Les jeunes ont la même mentalité, comme nous, ils sont portés à faire la fête. Par contre, au Québec, les jeunes travaillent souvent parallèlement à leurs études, ce qui est plutôt rare ici. On a également des heures de repas différentes. On ne prend pas le premier avant 11h30, et il s'agit du déjeuner, car il n'y a pas de petit déjeuner chez nous. Ensuite arrivent le dîner, et puis le souper. On a aussi été surpris par la façon de s'exprimer des Français pour donner des informations. Ici, elles sont particulièrement vagues et floues, elles s'éparpillent dans tous les sens et manquent de clarté, contrairement au Québec où priment l'organisation, la précision et l'ordre. On a tendance à se perdre dans cet amas incompréhensible d'avis contradictoires.
Qu'est-ce qui vous a véritablement marquées ?
Paris, parce que cette capitale est totalement coupée du reste de la France. C'est le jour et la nuit. Là-bas, on a la sensation de courir tout le temps, comme si le temps s'accélérait. Nous nous identifions davantage aux petits campagnards, ils sont plus tranquilles et cet apaisement nous permet de découvrir les choses avec plus de recul, de réflexion et de pertinence ; cette vision est assez identique au Québec.
L'architecture nous a frappées. Les maisons sont totalement différentes, beaucoup plus vieilles qu'au Québec.
On a du mal à concevoir la richesse de l'histoire qui est ici très liée à la vie de tous les jours, notre propre passé est en effet trop pauvre pour revêtir une telle importance, et c'est un manque.
La nourriture est vraiment différente de la nôtre. Elle comporte un nombre incalculable de pâtisseries mais est caractérisée par son pain, ses fromages, son vin, sans parler de sa moutarde et de ses pâtés...Ces spécialités nous étaient étrangères juqu'à présent parce que notre proximité avec les Etats-Unis influence directement notre propre nourriture.
Pensez-vous pouvoir vous adapter au mode de vie français ?
Andréanne : Oui, si j'avais l'occasion d'y faire mes études, ou d'y habiter plus tard, je n'hésiterai pas.
Christina : Moi c'est l'inverse ! J'aime beaucoup la France mais je suis trop attachée au Québec. Donc, si je peux, je viendrais de temps en temps, mais je ne pourrais jamais y vivre toute ma vie.
Vous sentez-vous plus proches de la culture américaine ou de la culture française ?
Américaine, en raison de sa proximité. Son influence s'impose par elle-même, mais nous tentons quelque peu de la rejeter. Bien entendu, notre propre culture n'est pas exempte d'une certaine touche européenne...
Les expressions françaises qui vous ont surpris...
Ça caille ! Nous on dit on se les gèle, c'est quand même plus explicite !
En fait, on a remarqué que votre patois est lié au sexe (putain) alors que le nôtre est apparenté à l'Eglise (calice, sacré). C'est l'opposé.
Qu'allez-vous retirer de cette expérience ?
Premièrement, une expérience journalistique. De retour au Québec, nous avons pour projet de créer une revue sur la France et une autre plus centralisée, sur la Bourgogne. On a vécu une expérience de groupe, appris le travail d'équipe, progressé dans l'autonomie en gérant nos horaires et en prenant nos responsabilités. Mais au-delà de cette vision, ce voyage est une fabuleuse découverte d'un autre mode de vie, d'une autre culture, c'est une nouveauté intégrale pour nos yeux.
Lexique Québécois :
Clotche de char : embrayage de la voiture
Cattar : trottoir
Ça frette : ça caille
Chum : copain
Blonde : copine
Smat/cute : gentil, sympa
Slip : sac de couchage
Culotte : pantalon
Camisole : débardeur
Finalement, il est vrai que malgré la distance, la France est plus influencée par les Etats-Unis que le Québec pour ce qui est du langage. Par exemple, « week-end » se dit là-bas « fin de semaine », « stop» se dit « arrêt », et « pull » devient « chandail ».
Comme le dit si bien Andréanne « c'est étrange mais vrai ». Ce paradoxe est un fait. Les Québécois parlent mieux français que nous !
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