Sourires de femmes

07/05/2008 09:12Camille GrosDemnate
Dans les villages berbères de l'Atlas, les femmes ont toujours été les garantes de leur foyer et des traditions qui rythment le Maroc. Aujourd'hui, avec de maigres ressources et installées à des lieux de la première ville, elles doivent mêler la vie familiale à la vie champêtre pour apporter à leur famille ce dont elle a besoin.

Les femmes donnent vie à leur villagePendant la journée, je vais chercher du bois, je cuisine, je fais la lessive, m'occupe des travaux des champs et j’élève mes enfantsLe village d’Ait Bllal, perché sur l’un des sommets du Moyen Atlas, situé à 1 h 30 de Demnate est surtout connu pour son école coranique. Mais, même si on ne l’évoque pas, le rôle tenu par les femmes est tout aussi important. Ce sont elles qui donnent vie à leur village, qui entretiennent leur foyer avec des revenus variant de 10 à 100 dirhams (1 à 10 euros) par jour et par famille.

« Pendant la journée, je vais chercher du bois, je cuisine, je fais la lessive, m'occupe des travaux des champs et j’élève mes enfants », explique une femme, à demi cachée derrière la porte de sa maison. Ce ne sont peut-être pas elles qui ramènent la totalité du salaire familial, mais tout ce qu'elles font est pour l'intérêt de leur foyer. Même leur unique distraction, le tissage des tapis et des djellabas, sert à leurs familles. « Les pièces que je confectionne seront vendues sur les souks si nous avons besoin d'argent », confie ainsi Abiba, 32 ans, trois enfants.

« Apprendre à lire et à écrire » mais avec onze enfants et les travaux domestiques, elle ne pourra sans doute jamaisDans le village, les hommes et les femmes ne se mélangent pasMariée à un ouvrier depuis qu'elle a 15 ans, elle passe son temps à s’occuper de sa famille ou à travailler sur les souks. « Je ne suis partie qu’une seule fois de mon village, pour rendre visite à ma sœur à Casablanca. La vie est très belle là-bas. Je voulais rester, mais je n’ai pas pu, car la vie est trop chère », livre-t-elle. « De toute façon, je n’ai pas le choix. » Néanmoins, Abiba ne se plaint pas de sa condition et son seul rêve est d’exaucer la volonté d’Allah.

Le rêve d'Hada, 42 ans, est tout autre : « apprendre à lire et à écrire ». Mais, avec onze enfants et les travaux domestiques, elle ne pourra sans doute jamais, « faute de temps », confie-t-elle, un sourire malgré tout encore accroché aux lèvres.

« Il vivra si Dieu le veut »

"Parfois, avec les hommes, cela se passe bien, d’autres fois mal "" Ici, les médicaments sont rares "Les souhaits, les rêves sont nombreux à être remis entre les mains d'Allah. « Ici, les médicaments sont rares, explique une vieille femme. Nos principaux remèdes sont le miel et le beurre rance qui ont de nombreuses vertus médicales. Après, nous nous en remettons à la volonté d'Allah... » De plus, les femmes ne croient pas totalement en la médecine et certains médicaments ne sont pas utilisés. On compte beaucoup sur la chance. Ainsi, une jeune mère de 19 ans explique : « Mon nourrisson tousse, il a 15 jours. Si Dieu le veut, il vivra. » Et une autre femme de raconter comment une petite fille est morte après s'être fait piquer par un scorpion. « L'hôpital est trop loin », lâche-t-elle seulement. Le plus proche est à Demnate à 1 h 30 du village. Les transports se font uniquement le matin et difficilement.

Dans le village, les hommes et les femmes ne se mélangent pas. Certains hommes refusent même que leur femme aille chercher de l'eau de peur qu'elle soit vue par d'autres hommes. Hada, tout en restant quelque peu évasive sur le sujet devant ses compagnons masculins, dit des relations entre les femmes et les hommes qu'elles ne sont pas mauvaises. Elle raconte dans un grand éclat de rire : « Parfois cela se passe bien, d’autres fois mal. Quand la femme fait mal son travail, son mari la punit et lorsque c’est l’homme qui ne travaille pas bien, sa femme le punit pareillement… »

Malgré cette vie difficile, pleine de labeur, ce qui rassemble ces femmes c’est cette capacité à ne jamais s’apitoyer sur leur sort et à raconter simplement leur quotidien, toujours le sourire aux lèvres.

Les propos cités ont été attribués arbitrairement aux photos des femmes
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