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Soulagés...?!
28/12/2002 02:26Aurélie
Dimanche 5 mai 2002, 20 heures. Le soulagement… Une clameur monte des foyers français pour saluer la défaite de Jean-Marie Le Pen. 18% seulement pour le parti " de la haine ", décrié depuis deux semaines dans les rues et les journaux. La France revit, la France danse sous la pluie place de la Bastille, la France relève la tête.
" Vous restez avec nous, rangez vos valises ", glisse une militante d'extrême gauche, qui est venue voir les résultats de sa ville à la mairie, à un vieux maghrébin. Il sourit, visiblement ému. Ouf ! " Le fascisme ne passera pas ! " Devant des dizaines de mairies, les jeunes qui, il y a encore quelques jours manifestaient pour le vote anti Le Pen, jouent du djembé, fument une cigarette, saluent la victoire, leur victoire. Comme l'a dit François Hollande, " la gauche a fait son devoir et même davantage ". Beaucoup parmi ceux qui ont battu le pavé en sont persuadés : le président Chirac devra compter avec eux. Le Pen a perdu, le danger est passé et…les clivages reprennent ! Dominique Strauss-Khan a pourtant rappelé que " quand on est unis, on gagne ; quand on est divisés, on perd ". Rien n'y fait, " l'union sacrée " n'aura eu qu'un temps. Il est révolu, place aux déchirures politiques des législatives !
Pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen reçoit l'échec en plein visage. Les journalistes se moquent de celui qui n'a pas atteint son objectif de 30% des voix. La droite comme la gauche y vont de leur couplet anti-lepéniste puis reviennent à ce qui les intéresse vraiment, le débat droite - gauche. Celui-là même que les Français ont désavoué au premier tour, faut-il le rappeler. Le président du Front national ne s'avoue pourtant pas vaincu. " Le bloc national est resté solide et je regarde l'avenir avec beaucoup de confiance. Nous nous retrouverons aux législatives. A tous mes militants, je dis bravo et à demain ! " En face de l'écran, les vainqueurs du jour sont nombreux à ricaner en entendant ce discours.
Alors la crise démocratique est terminée après ce second tour ? Il serait bien naïf de le croire. A y regarder de plus près, les résultats de cette présidentielle n'augure pas " de lendemains qui chantent ". Le FN entretient son électorat : les votants du premier tour ont répondu présents au second. Et les voix de Bruno Mégret se sont bel et bien reportées majoritairement sur le candidat frontiste. La " lepénisation des esprits " n'est plus un mythe. Il sera de plus en plus difficile de croire que les gens qui votent pour Jean-Marie Le Pen le font par ignorance ou simple rejet. Si aux législatives les politiques n'y prennent pas garde, le FN confortera ses voix et entrera triomphalement à l'Assemblée nationale. Les militants anti-FN seraient mal avisés de ranger leurs drapeaux, la lutte n'est pas finie. Une bataille est gagnée mais pas la guerre, comme toujours.
On crie victoire parce que l'abstention a fortement chuté entre les deux tours. Il n'empêche que plus de 20% des inscrits semblent demeurer indifférents aux changements politiques et ce, malgré l'appel à la mobilisation générale. On peut également supputer qu'une certaine frange de la gauche considère que la sauvegarde de l'esprit républicain ne vaut pas la peine de voter à droite. Constat tout aussi inquiétant : les abstentionnistes continuent de progresser à chaque nouvelle échéance électorale. À peine 300 000 personnes de plus qu'en 1995 ont voté ce dimanche. L'enjeu était pourtant plus cruellement important cette fois-ci.
Le 5 mai 2002 est effectivement un jour de victoire. Mais il pourrait avoir un goût amer si trop vite chacun reprend ses vieilles habitudes politiques. Comme le faisait remarquer Olivier Besancenot, candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire au premier tour, " à 20 heures 06, il est peut-être un peu trop tôt pour que la droite et la gauche recommencent à se battre pour les législatives ".
Aurélie
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