Sida, touche pas à mon Maroc !
03/08/2008 16:32Juliette BourriganMaroc
L’Association de Lutte Contre le Sida au Maroc se bat depuis des années pour venir à bout du VIH. Le combat est difficile, comme partout, et le manque de moyens ajoute des barrières à l’engagement des bénévoles. Une première victoire sur les mentalités a tout de même eu lieu durant le Sidaction.
2 548 cas de Sida ont été notifiés fin décembre 2007 au Maroc, sans compter les cas non déclarés. « Le combat est encore lent », déclare Othman Mellouk, jeune chirurgien-dentiste et président de l’Association de Lutte Contre le Sida (ALCS) de Marrakech. Terriblement investi, c’est avec beaucoup de précision et de clarté qu’il évoque le sida, « ce fléau qui nous touche tous. »
« On agit sur trois axes : la prévention, le soutien et la défense des droits », explique-t-il. Au niveau de la prévention, il existe des actions « grand public », telles que des journées nationales ou les campagnes de presse qui les précèdent. « Le sida est de moins en moins tabou au Maroc. On peut coller nos affiches sans problème, mais on ne peut pas rentrer dans les détails », nuance le jeune président. Pour cette raison, les actions de « proximité » restent primordiales.
« Il y a un avant Sidaction et un après. »
L’ALCS travaille beaucoup avec la France. Il existe un partenariat avec Aide, Sida Info Service et le Sidaction. Un Sidaction a d’ailleurs été organisé en 2005 au Maroc. Gad Elmaleh, humoriste français d’origine marocaine, en a été le parrain. « C’était historiquement important », avoue le jeune médecin. Pour la première fois au Maroc, une personne séropositive témoignait à visage découvert. « L’impact a été énorme puisque tout le monde en a parlé après. » Les changements de mentalité qui en ont découlé et les fonds récoltés par le Sidaction ont permis de nombreuses avancées : un bus de dépistage parcourant le Maroc, des centres de dépistage anonymes et gratuits, le centre d’écoute « Allô info Sida » et le site internet de l’ALCS sont aujourd’hui autant d’armes contre la maladie.
Un deuxième Sidaction serait même envisageable, mais « Sidaction France ne fait que ça ; nous, nous sommes sur le terrain aussi », explique Othman Mellouk.
Une action pilote a également été lancée en décembre 2007. Durant un week-end, des jeunes se sont investis en créant une sorte de kermesse sur le thème du sida, pour sensibiliser les Marocains. C’est au Cyber Park que s’est installé ce circuit de jeu particulier, fait pour « transmettre des messages ». « Les jeunes font évoluer le combat », ajoute le président, fier de cette action.
Association indépendante
L’ALCS est financée par la mairie de Paris. Elle ne reçoit qu’une maigre subvention du Ministère de la Santé marocain qui mène un combat parallèle, « beaucoup plus consensuel », selon le docteur Mellouk. « Finalement, c’est une force de n’avoir pas beaucoup d’argent. Nous sommes indépendants », commente le jeune président. Il parle également de « partenariat compliqué » avec les autres associations marocaines. « Nous n’avons pas cette démarche de punir des personnes déjà très fragiles », explique-t-il en parlant des attitudes d’autres présidents, condamnant la prostitution ou l’homosexualité. Certaines associations prônent une « prévention par l’Islam. » « Nous, on ne moralise pas les gens, on se base sur la science », affirme le président marrakchi avant d’ajouter, dépité : « Il y a des moments de tension via la presse et il existe une théorie du complot, qui dit que nous sommes manipulés par l’Occident. »
Et pour la suite ?
Au Maroc, le pays le plus avancé par rapport à ce fléau sur le continent africain, les traitements sont gratuits. Cependant, il reste de nombreuses personnes séropositives non détectées, faute de moyens. « Avant, tout le monde était égal face à la maladie. Aujourd’hui, ceux qui meurent du sida, c’est pour des raisons économiques », soupire le président marrakchi.
Et de nombreuses personnes restent mal informées. « La sexualité des jeunes est assez clandestine. Pour les parents, leurs enfants n’ont pas de relations sexuelles », déclare le jeune docteur. Le risque se multiplie donc, le préservatif n’étant « pas dans les mœurs ». De quoi confirmer la nécessité de l’action de l’ALCS !
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