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Si proches, si loin
21/05/2009 18:55Alexis HontangSt Paul
L'île de la Réunion abrite une multitude de communautés. Parmi elles, les Mahorais, entre 20 000 et 40 000 selon diverses estimations. Une immigration singulière : Français comme les Réunionnais, ils souffrent néanmoins de discriminations. Vivant parfois avec une carte d'identité périmée, ces citoyens originaires de Mayotte verront leur situation changer suite à la départementalisation.
L'exil s'impose donc. « Nous ne sommes pas des aventuriers de nature », tempère Andinani Saïd Ali, responsable de la délégation du conseil général de Mayotte à Saint-Denis, avant de concéder qu’ « à partir de 1990, il y a eu une vraie vague d'immigration. » Vingt ans plus tard, diverses sources estiment cette communauté entre 20 000 et 40 000 personnes. « La Réunion propose des aides qui n'existent pas à Mayotte. Prenons les allocations familiales. En partant, même si l'on ne trouve pas de travail, on arrive à gagner de l'argent. Ça change tout ! », poursuit ce Mahorais entre deux coups de fil. S’ajoutent l'éducation ou la santé.« Des personnes furent contraintes de se soigner à Saint-Denis car on les avait mal diagnostiquées à Mayotte ! Certaines d'entre elles sont arrivées ici dans un état lamentable ! »
Discrimination à l'emploi
Des traces de cette immigration sont visibles très tôt. Au lycée, des Mahorais usent les mêmes bancs que leurs camarades réunionnais. « Je suis venu ici car je ne trouvais pas chez moi les options que je souhaitais étudier », explique Koutoubou Bacar Inoussa, 19 ans, à la Réunion depuis trois ans. Après un passage à Sainte-Suzanne, il passe un baccalauréat Sciences et techniques de l'agronomie et de l'environnement (STAE), en juin 2009 au lycée agricole Émile Boyer de la Giroday à Saint-Paul. Pour lui comme pour ses camarades, la Réunion reste un passage obligatoire pour faire aboutir son projet professionnel. Et les aides du conseil général de Mayotte, qui paie les frais de scolarité pour tous, restent le meilleur argument pour ceux qui doutent encore.
« On galère ici. La Réunion offre certes plus de possibilités en terme d'éducation, avec plus d'options. Mais, je ne me sens pas chez moi ici. Par exemple, je ne peux pas sortir, dormir quand je le veux, puisque je suis à l'internat. », regrette celui qui est originaire de M'Tsamboro, au nord de l'« Île aux parfums ». D'ailleurs, une fois les diplômes en poche, il s’imagine travailler à Mayotte.
Mais peut-on parler de discrimination envers les Mahorais, alors que la Réunion reste connue pour son brassage des cultures ? Ben Adinani Istizao, 18 ans, de la même classe et du même village que Koutoubou, tente une réponse :« J'ai déjà entendu sur Radio Free Dom (célèbre radio réunionnaise dont les auditeurs peuvent directement intervenir grâce à une libre antenne quotidienne, NDLR.) des Réunionnais dire des mauvaises choses sur les Mahorais. De mon point de vue, je pense qu'il y a un racisme assez répandu dans la population. » « À la gare de Saint-Paul, par exemple, on voit beaucoup de Mahorais. Des Créoles peuvent se sentir envahis », pense Laurence Bateau, lycéenne créole qui avoue n'avoir jamais eu de problème personnel avec des Mahorais.
Sur le domaine de l'emploi, de graves discriminations sont aussi ressenties. « Je parlerai plutôt de « discrimination justifiée » »,pense Andinani Saïd Ali, sans nier l'existence d'inégalités.« Je comprends la réaction des entrepreneurs réunionnais quand ils reçoivent un Mahorais pour un entretien d'embauche. Certains parlent le français très mal (le shimaoré est la langue la plus parlée à Mayotte, au même titre que le créole à la Réunion, NDLR) et n'ont pas de qualifications. Ils deviennent vite un poids pour la société. Mais, avec le temps, la situation s'arrangera. La preuve, rien qu'aujourd'hui, dix Mahorais sont entrepreneurs sur l'île. »
« Les flux vont s'inverser »
Un malheur n'arrivant jamais seul, les exilés doivent faire face à un autre problème, de taille celui-ci. Suite à la départementalisation progressive, l'État civil mahorais est remis au goût du jour. La Commission de révision de l'état civil (CREC) est chargée de vérifier l'identité de chaque citoyen, pour préparer 2011 et le début des versements des aides sociales. Mais ses retards s'accumulent et, désormais, certains Mahorais vivent avec des papiers périmés ! « La CREC ne fait pas son travail ! », s'insurge Rabion Saindou, mahorais, dont l'association, l'AFAS (Association familiale d'actions sociales) s'occupe de reloger les personnes en difficultés. « Sans papiers, il est très difficile de bouger. » Andinani Saïd Ali : « Laissez les Mahorais vivre ! Il faut adapter la loi à la situation mahoraise. Aujourd'hui, beaucoup de personnes sont très pénalisées. On est parfois contraints d’établir des procurations bancaires pour que certains, dont le cas est toujours traité par le CREC, puissent toucher de l'argent ! ». « On me retenait souvent à l'aéroport, car ma carte d'identité, en papier avec ma photo collée dessus, surprenait les douaniers. », explique Ben Adinani Istizao. Pour lui comme pour ses camarades, avoir des papiers valables se révèle primordial à l'approche des examens.
Heureusement, de nombreuses associations viennent en aide aux Mahorais. Mais c'est un autre événement qui risque de bouleverser la donne : la départementalisation, votée par une écrasante majorité à l'issue d'un referendum en mars dernier. « Je pense que les flux vont s'inverser », indique Andinani Saïd Ali, « Avec l'installation des acquis sociaux, les Mahorais vont automatiquement se poser la question : soit ils deviendront acteurs du développement de leur île, soit ils resteront à l'aventure. » Réponse d'ici quelques années.
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