Sésame, ouvre-toi

23/05/2008 06:31Sonia BargeMarrakech
Safran, henné, cumin, musc, thé… L’herboristerie du Paradis propose des dizaines de produits différents à ses clients. L’actuel directeur, Mohamed Abderrahim, est le fils d’un « thérapeute traditionnel » et guérisseur respecté. Il est parvenu à faire de cette herboristerie, créée il y a 40 ans, l’une des plus réputées de Marrakech.

Les grains de Nigelle guérissent des rhumes et des migraines, l’huile d’Argane est utilisée contre les rhumatismes et l’arthrose. Quant à la mandragore, elle soigne la mauvaise circulation du sang. Dans l’herboristerie du Paradis chaque mal a son remède, mais un remède 100 % naturel, très loin des gélules et autres cachets pharmaceutiques.

Contenus dans des bocaux posés sur des étagères qui recouvrent les murs du magasin jusqu’au plafond, les médicaments ont ici mille couleurs et autant parfums et de goûts différents. « Le plus important, c’est le dosage, confie M. Meknassi, un employé de 42 ans. C’est vraiment ce qui fait la différence dans une bonne préparation. » Le docteur Jean-Pierre Muyard, médecin canadien, a d’ailleurs confirmé les bienfaits de cette médecine par les plantes à la suite sa collaboration avec l’actuel directeur de l’herboristerie, M. Abderrahim.

Une autre qualité que celle des souks

Le docteur Muyard n’est pas le seul à dire du bien de l’herboristerie du Paradis. Les nombreux touristes qui entrent dans la boutique ne manquent pas de la recommander dès leur retour. Le bouche-à-oreille fonctionne si bien qu’ils reçoivent continuellement des commandes du monde entier, grâce notamment à leur site internet.

Cette réputation internationale est fondée sur plusieurs critères : la boutique propose une très grande diversité. « Je ne saurais pas vous dire exactement combien de produits on a », confie Mostafa Meknassi. Entre graines, épices, huiles…, on trouve véritablement de tout. C’est aussi la qualité des produits qui est appréciée, notamment grâce à de bons emballages. Le henné est ainsi vendu dans sachets en plastiques afin que « ça ne prenne pas la poussière, pas comme dans les souks ».

Des centaines de bocaux tapissent les murs de l'HerboristerieCette augmentation de la clientèle et des commandes a pu donner une autre envergure à l’herboristerie du Paradis. « Avant, on était sur la place aux épices, mais on est venu ici, sur la place Ben Youssef, et on a pu agrandir », indique l’herboriste. La boutique compte désormais onze salles, dans lesquelles travaillent une vingtaine d’employés. Des employés qui pour la plupart, comme Mostafa Meknassi, ont découvert le métier en famille. « Ce travail, c’est mon père qui me l’a appris », déclare ainsi celui-ci fièrement. L’homme a eu son baccalauréat, mais n’a poursuivi aucunes études de biologie.

Des herboristes voilées

Un métier qui devient accesible aux femmes« Le métier commence à s’ouvrir aux femmes », indique Mostafa Meknassi avec un sourire envers la jeune femme qui l’assiste discrètement. « Avant, elles ne pouvaient pas du tout faire ce métier, parce que les gens étaient gênés dans certaines situations, comme dans des cas d’hémorroïdes. Maintenant, elles commencent à arriver parmi nous », ajoute-t-il avec un sourire. Ces femmes herboristes existent aujourd'hui, mais restent une minorité. Les femmes sont parvenues à exercer la médecine en Europe, jusqu’à devenir majoritaire dans les facultés. Peut-être verra-t-on bientôt, de la même façon, de nombreuses herboristes voilées…

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