Sénateur, un quotidien chargé.

08/11/2009 23:09Esteban LopezParis Luxembourg

Commissions, réunion de groupe, discours ou encore débats publics, la journée de Jean-Paul Emorine, sénateur de Saône-et-Loire et Président de la Commission* de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire au Sénat, est pour le moins lourde. Reportage.


Le sénateur Emorine au palais du Luxembourg
Le sénateur Emorine au palais du Luxembourg

Le sénateur et sa collaboratrice Pauline Mazin« Autant vous dire que la journée va être chargée », nous confie, ce mardi 3 novembre, le président Emorine dans son bureau au 2e étage du Palais du Luxembourg, les yeux sur son emploi du temps tout juste imprimé. Hier, la séance de débats s’est terminée à minuit. Il est neuf heures moins cinq au cadran de la pendule dorée posée sur la cheminée. Après avoir consulté les derniers documents déposés sur sa table de travail par sa collaboratrice Pauline Mazin, la course contre la montre commence.

Travail intensif

La commission de l'Economie en séance sous la présidence du sénateur EmorineComme chaque mardi, les sénateurs, du moins quelques-uns des 78 membres, de la commission se rassemblent. Durant une heure, les élus discutent, avec bonhomie, contrairement en séance publique l’après-midi même, des amendements* proposés par les différents membres de la commission à propos du projet de loi sur La Poste. Le Rapporteur* Pierre Hérisson, membre de la majorité, émet, sous l’œil attentif du Président, un avis pour la suite de ces amendements, incitation suivie ou non par la commission. Ce jour-là, sur les 639 amendements présentés, la grande majorité a été rejetée. Il est 10 heures lorsque Jean-Paul Emorine clôt la séance. Juste le temps d’un café au bar du Palais. Le président se rend à la réunion de son groupe politique, l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) pour plus d’une heure. Ce matin, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot est présente pour évoquer le  projet de loi de financement de la sécurité sociale. C’est enfin la trêve. Nous retrouvons le Président pour midi et demie, dans un salon chaleureux, voire intimiste, au restaurant du Sénat devant un bon repas.

« La politique, c’est une passion »

Vue sur les jardins du Luxembourg du bureau du Président EmorineCe qui est sûr pour Jean-Paul Emorine, c’est que « la politique est avant tout une passion » ; « Vous savez, ce n’est pas un rythme facile à suivre, mais je n’ai pas à me plaindre. Personne ne nous a forcés à nous faire élire. Seulement, une chose est certaine, si on n’aime pas ça, mieux vaut rester chez soi et faire autre chose » confie le Président avec un grand sourire, avant de continuer, « moi je ne compte plus mes heures de travail… et la télé le soir, je ne sais pas ce que c’est ». Seulement, c’est « évident que ce n’est pas facile de trouver du temps pour soi et sa famille » conclut-il. Ce rythme, Jean Paul Emorine le connaît bien depuis longtemps. Pour ce sénateur de Saône et Loire et aussi Conseiller général (71), sa vie en politique commence dès les années 1980. Il a enchaîné plusieurs mandats de maire pour la commune de Sennecey-le-Grand, a aussi été vice-président du Conseil Général de Saône-et-Loire sans oublier son accession au poste de député, en remplacement de Dominique Perben, nommé ministre. Mais, pour le cumul des mandats, le Président prévient : « je trouve que ce n’est pas très pertinent. Oui, l’on peut tout faire en même temps, mais peut-on le faire bien ? C’est à mon avis moins sûr ». Il se prononce pour un mandat national et éventuellement un mandat territorial non exécutif.

La salle des conférences au Sénat
La salle des conférences au Sénat

L’assemblée des sages

Si, pour certains citoyens, le Sénat est inutile en France, Jean-Paul Emorine n’est pas du même avis. « En démocratie, et c’est le cas dans beaucoup d’autres pays, le Parlement doit être composé de deux assemblées*. Sinon, ça ne marche pas ». Et, comme c’est souvent dit, le Sénat est surnommé l’assemblée des sages. À cette prétendue inutilité  sénatoriale, le Président Jean-Paul Emorine rappelle qu’en plus de ses visites en entreprises, ses rencontres avec les élus territoriaux de Saône-et-Loireet ses sorties à l’étranger (Japon l’an dernier) afin de comparer les modes de vie par exemple, les sénateurs sont aussi sollicités par les citoyens. Même si ce ne sont pas eux qui les élisent. Les sénateurs sont en effet élus par les Grands Électeurs qui sont des députés, des maires, des conseillers régionaux et généraux, municipaux. En Saône et Loire, ils sont 1 649.

Il est 14 h 15. La note du restaurant est réglée et c’est déjà l’heure de se rendre en séance publique pour le Président. Fonction oblige, Jean-Paul Emorine s’installe au premier rang à côté du Rapporteur, sur le banc des commissions. Le Président du Sénat, après le cérémonial d’usage, pénètre dans l’hémicycle. La séance se déroule convenablement pendant l’appel, qui permettra de dénombrer la présence minimum de 30 sénateurs de gauche ayant déposé une motion référendaire* sur le projet de réforme de La Poste. Cette motion a été rejetée mercredi 4 novembre dernier par la majorité par 183 voix contre 153. Après cet appel, en présence du ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Espace rural Michel Mercier, les sénateurs de gauche se lèvent en brandissant tous un carton jaune imprimé REFERENDUM en référence à la Loi sur le statut de la Poste. Les sénateurs désignés par leur groupe, présentent ensuite devant l’assemblée leurs arguments d’acception ou de refus de ce projet de loi défendu par le gouvernement en présence du Président de la commission de l’économie Jean Paul Emorine et du ministre de l’Industrie Christian Estrosi. Celui-ci répond aux arguments de la gauche qui redoute une privatisation de La Poste. Viennent ensuite la discussion et le vote des 639 amendements présentés par les sénateurs. Le texte de loi sur La Poste a été adopté par le sénat le lundi 9 novembre. Pour le Président Emorine et ses collègues, la journée se terminera à 23 h 56. Un rythme effréné qui est devenu le quotidien lambda d’un sénateur.


Lexique :

Commissions : composées de sénateurs, elles sont au nombre de 7, elles se chargent d’étudier en profondeur les projets de loi proposés avant les séances publiques.

Rapporteur : Sénateur désigné par le Président d’une commission pour la durée du projet de loi concerné.

Amendements : L’amendement est une modification que le gouvernement, les députés et les sénateurs peuvent proposer d’apporter à un projet ou une proposition de loi en discussion. Certains amendements proposent une modification, d’autres des ajouts ou une suppression.

Assemblées : En France, et comme d’autres pays, on compte deux assemblées. L’Assemblée nationale (et ses 577 députés – chambre basse) et le Sénat (348 sénateurs – chambre haute), qui votent les lois. C’est ce que l’on appelle le Parlement.

Motion référendaire : Demande d’organisation d’un référendum de la part du Sénat ou de l’Assemblée nationale. Cette requête est transmise au Président de la République.

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Reportage photos

 

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