Résistances
28/12/2002 02:26Aurélie et Mathilde
On parle beaucoup du conflit de générations, mais il faut savoir que les jeunes savent écouter les témoignages du passé. Ainsi, sept étudiants ont convié Lucie Aubrac, grande figure de la résistance, à évoquer ses souvenirs comme ses opinions sur la jeunesse actuelle. TYPO a apprécié cette femme sincère et réaliste. Le ton est donné…
Clandestinement vôtre
Si la résistance a pu exister et fonctionner, c’est parce que les occupants nazis se croyaient invulnérables, du fait de leur supériorité en nombre, matérielle, et de la frayeur qu’ils inspiraient. Ils se montraient donc peu vigilants vis-à-vis de la société clandestine, qui s’est peu à peu affirmée. Le mot d’ordre était d’être plus malins qu’eux, de trouver leurs failles et de les exploiter. Malgré la peur constante de l’arrestation, les résistants, après la capture de l’un des leurs, ne se laissaient pas abattre, et des réflexes presque mécaniques se mettaient en place : « Je n’ai pas eu le temps de considérer l’arrestation de mon mari sur un plan personnel, il fallait continuer le travail, protéger les autres, les documents. De plus, je faisais partie d’un groupe d’évasion de l’armée secrète, et nous connaissions des moyens de le faire sortir. Nous n’avions pas peur des traîtres, cas exceptionnels qui ont ensuite été montés en épingle, comme le malheureux cas Hardy. Certains parlaient sous la torture, ce qui est plus que compréhensible, mais la consigne était de tenir 48 heures, le temps que les autres aient le temps de faire disparaître les preuves susceptibles de compromettre d’autres résistants. » Les informations concernant l’évolution du conflit étaient dures à obtenir, il fallait passer par la radio anglaise afin de les retransmettre dans les journaux clandestins. Pour Lucie Aubrac, ces journaux étaient «l’épine dorsale » de la Résistance. Le sien, Libération, avait deux idéaux : expulser les occupants, et se débarrasser de Pétain.
Règlements de comptes
A la libération, il y a eu une grande unité nationale pour aider les alliés, et malgré les critiques concernant les résistants de la dernière heure, leur soutien a été précieux et a accéléré le processus. « On a beaucoup crié au scandale quant aux exécutions sommaires, mais qui peut juger et prévoir ses réactions face à la douleur, dans des moments exceptionnels de la guerre, quand les hommes ne respectent plus la morale ? Cependant, je m’insurge contre la tonte des femmes : on s’est trop battu contre l’indignité des nazis pour en arriver à pratiquer de telles actions entre nous. D’ailleurs, on n’a jamais vu d’hommes tondus ou émasculés ! »
C’est en luttant…
On a trop parlé de la Résistance comme d’une action héroïque, mais « vous êtes faits comme nous. », et les jeunes sont très capables de la même chose aujourd’hui. Qui n’ a jamais dit « c’est pas juste » ? Ce jugement conduit au choix, puis à l’engagement. La solidarité est dans le cœur des gens, il ne faut pas attendre de devoir la mener clandestinement, d ‘autant plus qu’on a désormais les possibilités de dénoncer, de parler. L’information est la première arme de la résistance en général. Il faut intervenir et ne pas laisser passer l’injustice, le vote en est le premier instrument. Le propre de l’humanité est le progrès, mais il faut se souvenir, l’Histoire ne se renouvelle pas mais s’améliore.
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