« Répondez en bon français ! »
13/07/2006 09:48George Ispasoiu, Andreea BungiuTypo Roumanie Chalon sur Saône
M. El Abbouni, professeur de français à l'école « Jean Zay », nous accueille en classe, et il nous dévoile les secrets de son métier.
La multitude des sigles met souvent en difficulté un étranger : nous sommes dans une « ZEP » située dans un « ZUP » dans la banlieue chalonnaise. C'est ici que nous assistons à la classe de français de M. El Abbouni. Le thème de la leçon : l'adjectif qualificatif : « Si vous dites qu'un garçon est beau, comment est la fille ? » - lance M. El Abbouni. Son attitude est décontractée, il met à l'aise les élèves et la classe de français se transforme en dialogue soutenu : famille des mots, suffixes, préfixes, adjectifs féminins, singuliers, etc. Il impose un rythme soutenu aux élèves sans leur donner cette impression. Les exercices d'écoute sont attentivement suivis par les élèves, tout est naturel et simple : c'est la classe de français, mais le français n'est pas la langue maternelle pour les 8 élèves présents aujourd'hui.
Mais comment M. El Abbouni est-il arrivé à bien maîtriser les techniques et les méthodes d'apprentissage du français : il a suivi les cours de la Faculté des lettres modernes, il a aussi une certification supplémentaire, le FLE : français langue étrangère. Après avoir passé le concours de professeur, il est arrivé à l'école « Jean Zay » : « Ce n'est pas un choix pour moi d'enseigner dans un ZEP mais je suis content parce que j'aime mon métier. Je n'enseigne pas le même français que dans une école habituelle mais il faut s'adapter ».
Pour les enfants de la classe de M. El Abbouni le français est une langue seconde, d'où le changement des sigles de « FLE » en « FLS » c'est – à – dire « français langue seconde ». Les élèves du cycle « avancé » doivent intégrer les classes normales mais cela dépend de leur rythme et de leur travail : par exemple une jeune vietnamienne n'a eu besoin que de 7 mois pour écrire, lire, parler correctement le français.
M. El Abbouni travaille 18 heures par semaine comme les autres professeurs de français mais il a 2 heures à disposition pour suivre le parcours scolaire de ses élèves dans les 5 collèges de Chalon d'où viennent ces écoliers. Dans ces groupes il y a des élèves venus de Chine, d'Algérie, du Maroc, du Vietnam, d'Angola, d'Azerbaïdjan et même de Roumanie – Toader par exemple qui est très timide. Son but principal est « de permettre aux enfants de connaître le français standard pour qu'ils puissent se débrouiller dans la vie, pour apprendre un métier, pour pouvoir aider leurs parents, par exemple à lire une facture ». D'où les exhortations permanentes : « en bon français », car le registre de langue est un problème permanent. M. El Abbouni aide ces élèves à faire la différence entre rigoler, se marrer et « plaisanter ». Peu à peu ces adolescents pourront « comprendre les cadres de la société française, ses lois, ses mœurs » - conclut M. El Abbouni.
Et la classe continue, Nathalie, le personnage de l'exercice d'écoute, veut montrer une pièce de théâtre, et la leçon s'appelle « Projet de Nathalie ». Mais « que signifie un projet », questionne le professeur. « Quand j'aurai 18 ans, je vais acheter 3 motos », répond un élève. Que signifie « agriculteur », que signifie « un conseiller municipal », et le dialogue s'enchaîne naturellement car M. El Abbouni a beaucoup de patience avec ses élèves. Mais qu'est – ce qu'ils deviendront ces élèves ? : « Pour la plupart, leur parcours scolaire se dirige vers un B.E.P., un Brevet d'Enseignement Professionnel ».
En guise de conclusion « le travail est dur et il y a des particularités : les élèves ne travaillent pas assez à la maison, ils s'absentent parfois et alors le professeur doit travailler en classe d'une manière renforcée », ce que M. El Abbouni fait très bien.
Mais que signifie donc ZEP ? La Zone Éducative Prioritaire est une école ensoleillée avec de beaux enfants de toutes les origines, ordonnés et sages, située dans une ZUP, zone urbanisée en priorité, avec sa vie et ses problèmes.
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