Rencontre d'un autre siècle

10/04/2007 15:30Thiphanie Bodard
Voici Paule, vieille dame de 94ans, née à Paris en 1912. Si on lui demande ce qui l'a le plus marquée dans sa vie, sa réponse est claire : « La faiblesse et la force de l'homme ». Et elle commence le récit de la guerre 39/40, telle qu'elle l'a vécue.

À ce moment-là, elle habitait un petit village à quatre-vingts kilomètres à l'est de Paris. Son mari, réquisitionné, était parti travailler pour l'occupant contre son gré, dans une usine loin de chez lui. Elle s'occupait donc seule de ses deux fillettes. « J'ai vu », dit-elle, « le beau et le laid se côtoyer pendant ces années ». Elle poursuit en racontant son "exode " : « Beaucoup de gens partaient de chez eux, car on avait très peur de l'armée allemande qui arrivait », précise la vieille dame. Mais son tempérament la poussant à faire front, elle est revenue trois jours plus tard. Or sa maison était vide ! « On » avait tout pillé ». Alors, cette petite femme de 1m48 est allée chez ses voisins récupérer ses meubles. « Voilà le laid », dit-elle, « c'était mes propres voisins qui avaient volé mes biens et non pas l'occupant ».
Paule continue en parlant du curé de son village. Elle n'est pas croyante, mais se souvient avec émotion de cet homme. Il était le frère d'un comique très connu du music-hall parisien, cet homme a sauvé tous les juifs du village en leur fournissant des certificats de baptême, « voilà le beau », s'écrie-t-elle.
« Mais ma plus grande joie pendant cette guerre, je la dois à un inconnu », poursuit-elle. « En mars 44, cela faisait trois ans que mes parents et moi étions sans nouvelles de mon frère, parti, cela nous l'ignorions, rejoindre le Général de Gaulle à Londres. Et voilà qu'un soir, tard, j'entends la cloche de la grille, là, je vois à ma porte un homme déjà âgé qui me demande mon nom. Dès que je lui donne, il me répond que je suis la personne qu'il cherche et me dit ceci : " Votre frère va bien, je l'ai vu aujourd'hui, il était Porte de Charenton et arrêtait les voitures sur la nationale 19 qui allaient jusqu'ici.
Il ne peut pas entrer pour l'instant en contact avec vous pour des raisons de sécurité. Je suis très heureux d'être un messager de joie ", m'a-t-il dit en partant ». La vieille dame poursuit en précisant que cet homme était médecin dans la ville voisine, et que grâce à lui, sa famille avait vécu apaisée la fin de la guerre. « Voilà encore une fois la preuve que, rendre service à son prochain procure beaucoup de joie à tous », reprend elle.
Et des souvenirs elle en a, cette vieille dame, mais une petite lumière dans les yeux scintille quand elle conclut par cette phrase : « Je crois que j'ai eu une très belle vie, car j'ai toujours cru en l'homme et me suis toujours intéressée à la société. Dès qu'on en a eu le droit, nous les femmes, je me suis présentée aux élections municipales de mon village, et maintenant je n'ai qu'un regret : que mes yeux ne me permettent pas de suivre une conversation vidéo sur le net, comme vous dites, avec mes cinq petits enfants, mes seize arrière-petits-enfants et mes sept arrière arrières petits enfants ».
Alors si vous voulez vivre vieux et heureux on connaît la recette : croyons-en l'homme et intéressons-nous à notre entourage.

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