Rencontre avec Pierre Fernandez, rédacteur en chef de l'AFP photo

28/12/2002 02:26Eddy Petit
Le film d’Elie Chouraqui, Harrison’s Flowers, rend hommage à ces hommes et à ces femmes qui risquent chaque jour leur vie sur tous les fronts afin d’apporter leur témoignage au monde. Pourtant, les reporters photographes ne sont pas toujours considérés comme des héros...

Quel a été votre parcours avant de devenir rédacteur en chef de l’AFP photo ? Fils de photographe et ne voyant que très peu mon père à la maison, je me suis dit que je ne ferai pas un métier comme cela et je me suis donc interdit d’y penser le plus longtemps possible. J’ai fait une carrière à l’Institut des langues orientales. Je voulais aller assez loin dans la langue chinoise mais je suis retombé dans la photo, que je n’ai pas quittée ensuite. Quand mon temps d’armée est venu, je suis allé au service photo, où j’ai eu la chance de faire un parcours de près de 4 mois au Liban, en 83, lors de la présence d’une force multinationale à Beyrouth. Ensuite, en sortant de l’établissement cinématographique de l’armée, j’ai poussé la porte de l’AFP avec de l’anglais, du chinois et des photos pour devenir reporter photographe. On m’a annoncé que cette maison allait créer son service mondial et j’y suis donc rentré mais je n’ai pas fait une carrière de reporter-photographe. Je les ai suivi, accompagné, j’ai choisi leurs photos, et puis petit à petit j’ai pris des responsabilités avant de devenir rédacteur en chef. C’est un parcours plutôt atypique.

Que répondez-vous à ceux qui reprochent aux photographes leur voyeurisme ? L’ensemble des photographes paye pour un petit nombre de photographes indiscrets qui forcent la porte des gens, qui vont se déguiser en infirmier pour entrer dans un hôpital pour y faire des photos… il y a ce qui se rapporte à la violation de la vie privée, du cadre intime des gens et puis il y a le travail du reporter photo. Par exemple, la célèbre photo de Kim Phue (photo de Nick Ut, prise en juin 1972 au sud-Vietnam, prix Pulitzer 72), petite fille vietnamienne, s’échappant nue et gravement brûlée d’un nuage de napalm est un témoignage d’un photographe et  je ne vois pas où est le voyeurisme là-dedans. Un autre exemple, c’est la photo de Omayra ( prise en novembre 1985 par de nombreux photo reporters et cameramen), petite colombienne morte en directe devant les photographes, alors qu’elle était coincée, depuis 60 heures, dans un trou de boue. On fait dire beaucoup de chose à l’image, mais on n’a pas forcément le réflexe de se tourner vers l’agence de presse et l’auteur de la photo pour avoir toutes les informations, alors qu’il peut arriver qu’il nous manque un bout de l’histoire. Dans ce cas-ci, la petite fille était perdue car les secours ne pouvaient pas la libérer. Ne fallait-il pas montrer cette petite fille ? Je crois que nous avons besoin de la photo pour nous souvenir. Une photo est capable de résumer et peut nous remémorer beaucoup de choses. La photo est un besoin, c’est notre mémoire collective. Il n’y a rien d’inhumain là-dedans. On veut à tout prix que le reporter photo soit autre chose qu’un reporter photo. On m‘a posé la question : Mais qu’en est-il de la non-assistance à personne en danger ? Nous ne travaillons pas à la Croix Rouge, notre métier c’est de témoigner. Il ne faut pas non plus oublier que de nombreux  reporters ont fait à la fois leur métier et ont prit des gens dans leur voiture, ont apporté leur aide…


 

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