Rencontre avec Louis de Broissia

28/12/2002 02:27Eddy Petit
Ancien conseiller régional de Bourgogne puis conseiller général de Côte d’Or, député pendant 10 ans, il est aujourd’hui, maire adjoint de Blagny-sur-Vingeanne, président du Conseil général de Côte d’Or et sénateur...


L ouis de Broissia, sexagénaire marié avec deux enfants, est un homme plutôt occupé si on regarde ses mandats. Ancien conseiller régional de Bourgogne puis conseiller général de Côte d’Or, député pendant 10 ans, il est aujourd’hui, maire adjoint de Blagny-sur-Vingeanne, village d’une centaine d’habitants, président du Conseil général de Côte d’Or et sénateur élu en septembre 1998. Son entretien avec Typo, prévu pour un quart heure, en durera finalement trois car l’homme a des choses à dire, des idées, peut-être même une profession à défendre ! Alors que la classe politique suscite de plus en plus de rejet et de méfiance, Louis de Broissia incarne t-il autre chose ? L’homme n’est probablement pas un héros  sans aucun reproche mais il a le mérite de s’engager pour défendre des convictions et des valeurs. Se bouger pour des idéaux, c’est ça aussi la politique.

Diplômé d’HEC, il a été président du directoire du journal dijonnais Le Bien Public de 1976 à 1996. «J’ai fortement apprécié ces 23 ans d'expérience professionnelle au Bien Public parce que c’est une implication très forte dans la vie locale» . Cette longue expérience dans la presse, ce « produit pas comme les autres », lui fut précieuse lorsqu’il était chargé de la presse et de la communication au sein du RPR (jusqu’en 1999). Elle lui sert encore aujourd’hui dans son rôle de rapporteur au Sénat du budget des médias.

«Le principal problème de la presse quotidienne d’information est le manque de lecteurs» analyse-t-il simplement.  «Cela ne sert à rien de faire le plus beau journal du monde s’il n’est pas consommé !»   L’éducation aux médias dans les écoles, dont il est le grand défenseur, permet selon lui de forger les esprits et les comportements sociaux : «Il faut apprendre la presse, apprendre à manger du journal tout les jours. De la confrontation d’idées, naît l’intelligence». Pour le 21eme siècle, il prédit une information «multimédia, plus ciblée sur nos centres d’intérêt».

L’homme détient plusieurs mandats. Mais attention, le mot «cumul» le fait réagir de suite : «On ne cumule plus les indemnités ! C’est réglementé !» . Il tient à ce qu’il n’y ai pas d’ambiguïté possible : «Bien sûr on est indemnisé, mais heureusement, car c'est dévoreur de temps. On est pris tous les jours, les soirs, le samedi, le dimanche. On sacrifie certaines passions et puis il faut bien mettre de l’essence dans la voiture» .

La motivation ? Il prévient que ça a l’air idiot : «Rendre service ! A un moment, on se prend au jeu, parce qu’on peut être utile aux autres.  Et quand on se prend au jeu, on vous confie des missions supplémentaires.» La récompense c’est aussi le sentiment d’avoir fait avancer les choses : «Quand je suis arrivé à l'Assemblée nationale, tous les correspondants de presse étaient harcelés par le fisc et les organismes sociaux. Un jour j'ai réussi par un amendement, inclus dans un projet de loi qui devait être examiné à deux heures du matin, à leur donner un statut spécifique qui leur permettait en plus de leur métier de gagner trois francs six sous sans devoir tout reverser !» M. de Broissia est très content : «J’ai arrangé la vie de cent cinquante mille personnes. La politique est un engagement prenant mais passionnant.»

Parallèlement, le maire adjoint de Blagny trouve le temps de voyager. Tout d’abord dans son pays natal, le Vietnam : le sénateur français a vu le jour le 1er juin 1943 à Hanoi, en Indochine à l’époque, sur les bords du Fleuve rouge. Il y est retourné à plusieurs reprises pour voir la maison de ses parents et se targue même d’avoir inauguré la première ligne aérienne Paris-Hanoi. «Je suis très attaché au peuple vietnamien par ma naissance». Un attachement qui n’altère pas son objectivité : «C’est un régime peu libéral. Si le Vietnam retrouvait une vraie démocratie, ce pourrait être un des dragons d’Asie». Il aimerait que la France s’implique, prenne position, mais «sans être arrogant, car il faut être exemplaire !» Lui n’hésite pas à fâcher l’ambassadeur du Vietnam en France en adhérant au Comité Français pour la Démocratie au Vietnam.

«Un parlementaire doit témoigner.» Aux voyages d’étude en avion de luxe, il préfère les voyages «plus sportifs», au Liban pendant la guerre, en Roumanie pendant la révolution… «Je suis parti la première fois en Roumanie avec le Bien Public, avec des journalistes. En voiture avec une simple carte, le coffre bourré de café et quelques bouteilles de whisky pour tenir le coup. Nous sommes allés à Cluj, ville jumelée avec Dijon et nous y avons rencontré la célèbre dissidente roumaine Doina Cornea.» Il y est ensuite retourné en tant que parlementaire pour surveiller les élections. «La Roumanie doit faire beaucoup d’efforts, il y a encore trop de drames et les esprits, déformés par 40 ans de dictature, doivent changer. Mais je me demande si nous, nous aurions pu supporter ça !».

M. de Broissia est aussi le président fondateur du groupe d’étude sur le Tibet à l’Assemblée nationale. Créé avec un socialiste alors que tout le monde y était opposé, ce groupe est devenu le plus important au Palais Bourbon, avec plus de deux cent parlementaires. Il a vu son idée reprise par la suite dans les parlements européen, suédois, allemand, britannique, et américain. «J’étais déjà très sensible au drame du peuple tibétain.» C’est alors que  Jean-François Deniau, l’aventurier et homme politique, lui présente trois moines tibétains. En 1995, il devient le parrain du XI° Panchen Lama, le plus jeune prisonnier politique du monde. Il rencontre aussi le Dalaï-Lama à plusieurs reprises. Le sénateur de Côte d’Or défend et croit à une diplomatie parlementaire : «Maintenant la Chine sait qu’elle est surveillée. Nous sommes devenu un groupe de pression indispensable. Je n’hésite pas à dire à l’ambassadeur chinois que la colonisation du Tibet est une tache sur l’image de la Chine»

«La démocratie, c’est comme l’air et l’eau, c’est un bien fragile qu’il faut préserver.» Il faut se battre, même en France. Pas plus que les autres il ne s’attendait au choc du premier tour de la présidentielle. Il n’a rien contre les manifestations auxquelles il a volontiers participés dans le passé «J’ai beaucoup manifesté, j’ai été matraqué par les CRS. Je continuerai de le faire, de défendre mon droit.» mais il se méfie des effets contraires. Pour lui, l’arme absolu reste le vote : «Quand on allait voter, mon père nous disait  de ne pas faire d’enfantillage. On ne se défoule pas à des élections !»

Commentaires: aucun
Ajouter votre commentaire
Pseudonyme *
eMail * (non publiée)
Titre du commentaire *
Commentaire *
captcha Recopier le code affiché *
* = requis

TEP Num 2 : zoom sur l'entreprise

TEP Num 1 : Moscou 2010

Envoyé Spécial Palestine

Envoyé Spécial Marine

Extra-Muros La réunion - Mayotte

Extra-Muros Maroc

Extra-Muros Bombay

Extra-Muros déportation

Extra-Muros Hué (Vietnam)

Extra-Muros Mali

Extra-muros France vue du Québec

Extra-Muros Quebec

Extra-Muros Vietnam

Extra-Muros Roumanie

Propulsé par La rOute du Net