Réformes de l’enseignement ou réformes de la crise ?

11/03/2010 13:35Timisoara - Roumanie

La Roumanie, pour réduire son déficit et ainsi tenir ses engagements auprès des organisations internationales financières, s’apprête, en autre, à réduire le nombre de ses enseignants dans le secondaire, notamment des postes de professeurs non qualifiés, enseignant dans la Roumanie profonde. Mais c’est toute l’institution Éducation qui est menacée.

« Tenant compte de l'évolution de la crise économique en 2009 et de son extension en 2010, on doit prendre des mesures urgentes afin de garantir les engagements pris par la Roumanie en signant des accords de prêts avec les organisations financières internationales, des accords absolument nécessaires pour la stabilité économique de la Roumanie afin d'atteindre les objectifs du déficit budgétaire consolidé en 2010. »

Ainsi commence l’ordonnance d’urgence numéro 114 qui crée aujourd’hui beaucoup de conflits entre le gouvernement, les syndicats et surtout les enseignants. Pourquoi ? Parce que, selon le décret, publié mardi, le 29 décembre 2009 dans le Journal officiel, le nombre de personnels de l’enseignement secondaire doit diminuer en 2010, de 15 000 personnes. Cependant une bonne nouvelle : selon le porte-parole du Gouvernement, Ioan Muntean, les suppressions d'emplois n’affecteront pas le personnel enseignant qualifié.

Pour expliquer la situation, dans les villages de Roumanie il y a peu de professeurs qualifiés : pour la plupart des cas, il s'agit des personnes qui n'ont pas terminé leurs études supérieures, des étudiants, etc. Pourquoi ? La réponse en est simple : les salaires sont minuscules (200 euros pour les débutants, 300 euros pour ceux qui ont déjà une certaine ancienneté.)

Mais la surpression de ces postes n’atteint pas le chiffre total prévu. Donc, des "titulaires" seront eux aussi mis à la porte...dans un contexte très difficile lié à la diminution du budget de l'enseignement et le changement total de la façon de financer ce secteur.

Madame Elena Panait, proviseur du Lycée théorique Jean Louis Calderon de Timisoara prend en exemple son lycée : "Entre le 1er septembre et le 31 décembre 2010 seront soutenus financièrement 306 000 emplois dont 14 133 seront financés par le budget du Conseil départemental et de 292 544 postes par les budgets des Conseils locaux. Notre établissement (le seul de département de Timis à vocation bilingue : français, italien et espagnol) sera contraint lui aussi à des réductions : premièrement, le nombre des élèves en classe a diminué. Si, jusqu'à cette nouvelle réforme dans le primaire il y avait 20 élèves en classe, dans le collège 25 et au lycée 28 - à partir de la rentrée 2010-2011, on aura 30 et plus d'élèves dans la classe. De surcroît, le financement de l'enseignement connaîtra un changement important : "per capita", c’est-à-dire pour chaque élève ce qui entraînera des problèmes majeurs. Ainsi sur les deux classes du bilingue, filière mathématiques-informatique et sciences sociales, une d'entre elles sera fermée. De plus, la charge horaire des professeurs augmentera, donc quelques professeurs ayant suivi des formations spéciales pour l'enseignement bilingue devront quitter notre établissement. Et cela n'est pas une exception, tous les professeurs se trouvent dans des situations plus ou moins graves."

Pour le moment, les professeurs de français et la direction de ce lycée ont demandé un financement spécial pour les classes bilingues vu que cette filière a 4-5 matières supplémentaires par rapport aux autres, et heureusement pour notre établissement ce financement a été accordé.
Les syndicats de l'éducation ont annoncé, eux, qu'ils allaient combattre les directives du gouvernement de réduction des postes d’enseignants dans les écoles et menacent de grève générale. De plus, ils se plaignent aussi que le gouvernement n'ait pas consulté les syndicats à l’égard de ce problème si important.

Parmi ces changements - excepté le financement, il y a des nouveautés qui simplifient par exemple l'examen de baccalauréat : 3 disciplines (les plus importantes d'une filière) à la place de 6 (il y a un an). Les épreuves orales se déroulent tout au long de l'année donc moins de stress pour les élèves.

La conclusion ? Ce sont les conséquences de la crise qui ont accentué la gravité du problème de l’enseignement roumain. Mais il faut aussi reconnaître que c’est aussi le résultat d’un manque de cohérence des lois pendant la dernière période, c'est-à-dire après la révolution roumaine qui a instauré une démocratie, qui s'est avérée difficile à gérer.

 

Mihaela Ruxandra Gheorghe

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