Rachid Mansoum : fils de Marrakech !

13/05/2008 08:17Alexis HontangMarrakech

Auteur et traducteur, Rachid Mansoum a deux passions : la poésie et Marrakech. Des amours qui sont le fruit d’une intense réflexion sur la vie. Portrait.

De grands gestes accompagnent chaque palabre de l'écrivain marrakchi Rachid MansoumRachid Mansoum, sur la terrasse du riad Itrane, en train de lire un de ses poèmesPoème en arabe

Poème en français

« Marrakech n’est pas simplement une ville. C’est un poème, un magnifique poème, traduit en plusieurs langues : ses odeurs, son architecture, son mystère, son côté insaisissable, son ombre. Je suis né à l’intérieur d’un poème. » Poète, traducteur, Rachid Mansoum ne s’est que laissé emporter par les flots lyriques de sa ville, en toute modestie. « Il est impossible de ne pas être poète quand on vit à Marrakech ! C’est ma demeure poétique. »

Rachid Mansoum pendant l'interviewRachid Mansoum pendant l'interviewEntre deux réflexions, l’auteur aime partir en éclats de rire et son sourire est en permanence sur ses lèvres. Heureux de vivre, heureux d’habiter à Marrakech. « Ma ville est mystérieuse. Elle est comme un papillon incapturable que tu veux t’approprier. Marrakech, c’est mon âme, une âme qui ressemble à un oiseau multicolore que je veux capturer un jour ». Et quand, les bétonnières menacent au loin de défigurer la ville millénaire, il lance convaincu : « Le Marrakech de ma jeunesse, je le garde dans les petites ruelles où j’ai grandi, dans l’odeur du pain qui cuit dans le four, dans les hammams et les jeux quand on courait dans les cimetières pour jeter des pierres. Ce Marrakech-là est en moi, je me déplace avec. Il est dans mon esprit, dans mon imaginaire, il se glisse même dans mes poèmes. Marrakech est partout : dans les formes de la nature, les papillons, les poissons, les virgules, les points, les espaces vides. Un jour, ma ville me conduira à la folie, comme la poésie. »

Si la cité marrakchie l’a poussé vers la plume, c’était à lui, détenteur d’une licence en littérature et en langue française, de franchir le pas. « La poésie est pour moi un paon de dialogue entre les cultures. À l’époque de Babel, les hommes voulaient se révolter contre Dieu. Ils avaient décidé de bâtir une tour, pour voler la lumière, dans le sens du savoir. En colère, Dieu décida de châtier l’homme en diversifiant les langues. Moi, je pense qu’avant cela, la langue parlée par tous était la Poésie, avec un P majuscule », s’emporte l’écrivain aux yeux noirs éclairés et à la barbe de trois jours.

Un travail sur la vie

Rachid Mansoum pendant l'interviewRachid Mansoum pendant l'interviewQuand on évoque ses œuvres, son verbe reste réfléchi, posé mais on décèle à présent dans son grain de voix, de la passion et de l’emportement. À 33 ans, le poète compte trois recueils à son nom. « Le premier est en arabe, ma langue maternelle, et les deux autres sont en français, la langue que j’aime. »

La recherche poétique et intellectuelle est perpétuelle chez Rachid Mansoum. Dans son premier recueil, intitulé « Que la paix soit sur vous, ô sommeilleurs ! », publié en 2005, il compare la poésie au papillon. « Le papillon est une métamorphose continuelle de la vie. C’est comme le cycle de la vie : la naissance puis la mort, puis la naissance et la mort. La poésie, c’est l’espoir, la renaissance éternelle, la passion de la vie, la fête, l’amour charnel des choses qui nous entourent. Tout comme le papillon. Un deuil pour se régénérer. » Il se dit aussi que le poète est un éternel insatisfait. « Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les ailes du papillon brûlent quand il s’approche trop de la lumière… »

En quête de réponses, le Marrakchi pur-sang poursuit ses travaux. Ses deux autres écrits dans la langue de Molière sont des métaphores d’une vie qu’il se plaît à croquer de pleines dents. « Dans « Appâts pour poissons-volants », mon papillon s’est transformé en un poisson-volant. Et dans « Les ailes du silence », la poésie est comme le cheval aveugle, qui malgré ses yeux clos, voit. Dans ce recueil, j’essaie de retranscrire le silence sur papier, le silence de la mort, une expérience intrigante. » Rachid Mansoum est un rêveur, c’est sûr. « Tous les objets ont des ailes. Ma chambre aussi parfois vole ! »

« Le poète ne doit pas rester dans sa tour d’ivoire »

Pour Rachid Mansoum, l’engagement est un devoir. « Le poète ne doit pas rester cloisonné dans sa tour d’ivoire. Il doit descendre combattre auprès des gens. Outre mon rôle de poète et de traducteur, je suis un animateur culturel et un acteur de la culture. »

Ses travaux de bénévole ont été récompensés par l’organisation d’une rencontre internationale de poètes, avec comme thème « la poésie : un paon de cultures » en 2006.

Également secrétaire général de l’association Aghbalou, Rachid Mansoum se déplace dans les campagnes éloignées, chaque printemps de la Poésie, pour « apprendre aux jeunes que le poème est une magie extraordinaire avec les mots. Elle doit aussi s’exporter avec les gamins des marges. »

Poèmes en arabe

Poèmes en français

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