Rabat, entre province et capitale
07/05/2008 09:15Alexis HontangRabat
Métropole d’un peu moins de 2 millions d’habitants, Rabat aime cultiver les paradoxes.
Calme et excitée, somnolente et pourtant en perpétuel mouvement : Rabat est tout cela à la fois. Quand on se promène dans la kasbah des oudaïas (NDLR : tribu venue du Sahara, qui s’installa dans la kasbah, alors à l’abandon, en 1844), enclave fortifiée du XIIe siècle, le temps semble être comme arrêté : le blanc et le bleu des ruelles transportent le passant dans une autre époque. Pourtant, à quelques hectomètres de là, la vie bat son plein : à l’embouchure de l’oued Bou Regreg, frontière naturelle des deux ennemis Rabat et Salé, les 2x2 voies grouillent de voitures, les premières marchandises attendent sur le quai d’un port en plein essor, les pelleteuses font un vacarme assourdissant dans le but de doter Rabat d’un tramway, disponible en 2010. Seuls les petits taxis conservent le souvenir du bleu des murs de la kasbah.
Dans l’ombre de sa sœur Casablanca, à seulement une heure de train, Rabat est le centre politique du royaume chérifien. Le Parlement, sur l’artère principale, l’avenue Mohammed V, est le théâtre quotidien de manifestations en tous genres. Les ministères, éparpillés aux quatre coins du même quartier façon puzzle, ont été délaissés par les manifestants, faute de résultats. Loin de là, sur l’interminable avenue du Mechouar, le palais royal semble intouchable : déserté par les touristes, les Rbatis mais aussi par le roi, préférant sa résidence privée aux abords de la capitale, le Dâr-al-Makhzen n’est plus peuplé que par une armée de policiers. Enfin, au-delà des forteresses, l’ambassade de France est surveillée tel un chef d’État, dans un quartier, l’Agdal, des plus tranquilles…
Rabat est un cocktail détonnant, entre capitale et province : des mondes diamétralement opposés peuvent s’y côtoyer à chaque coin de rue. Une balade à Rabat, c’est un tour du Maroc en quelques kilomètres à peine.
1La tour Hassan est le monument le plus célèbre de Rabat. Erigé au XII° siècle sous les ordres de Yacoub Al-Mansour, elle repose les tombes des deux derniers rois du Maroc, Mohammed V et Hassan II, ainsi que du frère à ce dernier, Moulay Abdellah.
2La médina de Rabat fut fondée au XVII° siècle par les Moriscos, un peuple musulman chassé d’Espagne.
3Dans la kasbah des Oudaïas, le bleu et le blanc dominent. Cette kasbah a été fondée au XII° par les Almohades. Au début, ce fut un couvent fortifié où logèrent les « moines-soldats » qui partaient ensuite en guerre sainte en Espagne. Son ancien nom, « Ribat el Fath » donna plus tard « Rabat ».
4Situé sur l’avenue Mohammed V, le Parlement marocain est le théâtre quotidien de manifestations en tous genres. Ancien palais de justice, ce bâtiment imposant semble être insensible aux agitations populaires.
5L’avenue Mohammed V est l’artère principale de la capitale. Longue de 1 kilomètre, elle concentre la gare, la mosquée d’As-Souna, le Parlement, la Banque du Maroc, un cinéma, et de nombreux commerces.
6L’agitation des berges de l’oued Bou Regreg est symptomatique de l’entrée de Rabat dans un monde occidentalisé. En arrière-plan, la kasbah des oudaïas.
7Rabat prend une longueur d’avance. En 2010, deux lignes de tramway, entre Rabat et Salé, verront le jour. Le coût total du projet est estimé à 2,5 milliards de dirhams (230 millions d’euros).
8En plein quartier de l’Agdal, ce monument rappelle aux passants le passé glorieux de Rabat : « Rabat la victorieuse/ Fondée par le grand sultan Yacoub El-Mansour l’Almohade, en l’an 593 de l’Hégire, année grégorienne 1198/ Y règne aujourd’hui le sultan glorieux et magnanime Moulay Youssef, l’Alaouite/ Que Dieu perpétue son empire/ 1921-1340/ Sois le bienvenue, ô voyageur. »
9Le palais royal, le Dâr-al-Makhzen, date de 1864. Déserté par Mohammed VI, qui ne l’utilise que pour des fins politiques, le palais est situé sur l’interminable avenue du Méchouar, où se déroulent les principales fêtes en l’honneur du roi.
10Le marché de la médina de Rabat est des plus animés. Elle a gardé intacte l’âme historique de la capitale.
11Une mouche reposant sur la porte : la kasbah est le lieu d’étranges superstitions… dont il faut se protéger
12L’oued Bou-Regreg, long de plus de 240 km, sépare les deux ennemis, Rabat et Salé (en arrière-plan).
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