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Qui veut entendre parler de Madagascar ?
17/05/2009 08:45Alexis HontangSt Denis
En organisant, le 27 avril, un meeting à Saint-Denis-de-la-Réunion, le Collectif pour Madagascar veut dénoncer la situation conflictuelle qui sévit actuellement sur la Grande Île. Des actes commis par la milice d'Andry Rajoelina, en passant par les décisions de la HAT – Haute Autorité de Transition - et la position de la France, le réquisitoire fut intense. Devant une indifférence quasi-générale.
Entre Madagascar et la Réunion, quelques miles de mer. Mais aussi un océan d’indifférence. Alors que le département d’outre-mer français s'affaire aux derniers détails de l'ouverture de la route des Tamarins, qui a nécessité plus d'un milliard d'euros, la guerre civile menace la Grande île. Et malgré la relative proximité, la Réunion reste insensible aux récents événements malgaches, qui ont coûté la vie à plus d'une centaine de personnes. La preuve : seulement 70 personnes ont répondu à l'appel du Collectif pour Madagascar, sur les 15 000 membres de la communauté malgache, lors d'un meeting organisé le samedi 27 avril.
Pourtant, à 800 kilomètres pleins ouest, la situation empire, comme le montrent les photographies présentées : des armes orientées vers la foule ou des hommes de la CAPSAT – la milice diligentée par Rajoelina, le nouvel homme fort – menaçant des personnalités politiques avec des kalachnikovs. « Nous voulons dénoncer ce coup d'état antidémocratique », a martelé Philippe Andriantavy, président de l'association, à la tribune. Si Andry Rajoelina et la Haute autorité de transition (HAT), le gouvernement mis en place pour faire le lien entre les deux présidences, furent vivement critiqués, l’absence de remarques envers Marc Ravalomanana, le président déchu, s’est révélée tout aussi flagrante. « Nous sommes derrière une cause, non derrière un homme », a justifié Éric Rabenandrasana, trésorier.
La France critiquée
Le décor était surréaliste. Un flot ininterrompu de voitures longeait le parking de la tribune, où des drapeaux rouge-vert-blanc – les couleurs de Madagascar – étaient agités par l’audience. Puis les enceintes ont craché l'hymne malgache avant le début des allocutions. « Nous voulons dénoncer les décisions prises par la HAT », s’enflamme Philippe Andriantavy, dans un discours en français entrecoupé de quelques phrases en malgache. « Prenons le cas du tourisme, que la HAT veut développer, en offrant le visa gratuitement. À cause de la guerre civile, aucun étranger ne va vouloir venir à Madagascar ! ». Pour la population locale aussi, les problèmes s'accumulent. « L'ariary (la monnaie malgache, NDLR) a subi une dévaluation de 10 % ! L'inflation est importante. Les denrées deviennent chères et rares, les stocks de Tiko (le groupe agroalimentaire dirigé par… Ravalomanana) ont été pillés. La situation s'aggrave ! », poursuit le président de l'association, omettant de signaler que le gouvernement de « TGV » - le surnom accolé à Rajoelina – a baissé le prix du pain de 300 à 200 ariary.
Dans ce réquisitoire de plus de deux heures, la France, ancienne puissance coloniale de la Grande Île, hostile au pouvoir de Ravalomanana lors de son installation en 2002, en a aussi pris pour son grade. La presse, notamment, accusée de « recopier les communiqués édulcorés de l'AFP, de France 24 ou de RFI », selon les propres termes de Philippe Andriantavy. La politique n'est pas non plus exempte de tous reproches, comme le rappelle Éric Rabenandrasana : « La position de la France est ambiguë. Depuis l'installation de Rajoelina au pouvoir, elle ne réagit plus. Au contraire. Des hommes comme le général Dollin (figure de proue de l'ancien gouvernement de Ratsiraka, qui a fait son retour grâce à TGV) a pu fouler le sol français, à l'aéroport Roland-Garros de Saint-Denis, en toute impunité. Il était protégé. Heureusement que nous sommes venus l'accueillir à notre manière, avec nos banderoles ! »
La réunion s'est finie aux alentours de 19h, et chacun est rentré chez soi ensuite. Le cerveau en ébullition… mais les mains dans les poches.
1Manifestant
2Manifestant
3Manifestant agitant le drapeau malgache
4Manifestants (75 au total)
5Projection de photos montrant la répression de l'armée, aux ordres du nouveau Président "TGV"
6Projection de photos montrant la répression de l'armée, aux ordres du nouveau Président "TGV"
7Sur la tribune, on réclame la démocratie... et on regrette "le coup d'état"
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