Quand la musique sonne…

30/05/2008 08:33Anabelle BourotteMaroc

Pendant les fêtes, dans les maisons, au coin d’une rue ou sur une place publique… Au Maroc, la musique se partage avec plaisir. Larbi Amhir, gérant d’un magasin de musique et musicien, évoque les courants musicaux au Maroc, des plus anciens aux plus récents.

Musique gnaoua

C’est la spécialité de Larbi qui explique son histoire : héritage des anciennes colonies d’Afrique noire, la musique gnaoua est arrivée au Maroc au XIIe siècle et s’est intégrée à la culture marocaine pour en devenir une partie indispensable. « Le gnaoua, c’est l’histoire et les légendes de mon pays », commente Larbi. Une musique spirituelle servie par des percussions telles que les qraqech (sorte de castagnettes), les tamanis (djembé en céramique ou en métal) et des instruments à cordes comme l’aoud. Joué pour toutes les occasions, le gnaoua est chaque année à la fête en juin, lors du grand festival de la ville d’Essaouira.

Musique berbère

Chaque région marocaine a ses instruments, ses musiques, ses danses et ses costumes« Assez complexe », d’après Larbi, car très variable selon les régions, la musique berbère se différencie des autres par son association de danse et de musique. Les orchestres jouent du lotar, du rehab (instruments à cordes), de la kamanja (violon), du bendir (tambour recouvert d’une peau de chèvre), des percussions métalliques…

Dans la région du Sous, les danses sont de petits trépignements de pieds tandis que, dans la région du Guelmim, l’art réside dans les mouvements de bras et de mains.

Les charmeurs de serpents pratiquent, eux aussi, une musique issue de la culture berbère : avec une nira (flûte de six à huit trous) et un bendir, ils perpétuent la tradition des bergers en jouant une musique censée hypnotiser les reptiles.

Spécialité 100 % marrakchi : pendant un mariage au moment où le mari offre les cadeaux à sa femme, on joue la « daka lmarachia », autrement dit la musique des charmeurs de serpents.

Musique chaabi

Le châabi, est un courant populaire, « un souffle nouveau pour la musique marocaine », comme le qualifie Larbi. Depuis les années 70, il est le symbole d’une jeunesse en pleine effervescence grâce à des groupes connus comme Nas el Ghiwane ou Jil Jilala. Le principe : reprendre les rythmes et instruments traditionnels en s’inspirant de la musique d’autres pays arabes, du folklore marocain et des variétés occidentales. Mais c’est surtout, comme le rappelle Larbi, « mettre en chanson la vie de tous les jours » sur des airs de banjos et de darbuqqa (percussion en terre cuite recouverte d’une peau de mouton).

Le melhoun

La musique andalouse a été importée au Maroc au XIe siècle par les Arabes expulsés d’Espagne. Elle est devenue une tradition musicale appelée « al-âla » à Fès, Tétouan mais aussi Rabat et Oujda.

« Le melhoun, c’est un style musical où la poésie, très complexe, est chantée en dialecte arabe et domine sur les instruments », explique Larbi qui pratique cette musique. Le chanteur soliste est accompagné d’un orchestre composé d’un aoud, d’une darbuqqa et de petites cymbales digitales appelées nouiqsat.

Autres courants

Depuis une dizaine d’années, de nouveaux courants musicaux se créent à partir de musique traditionnelle. « Le rap marocain utilise le gnaoua et puis il y a aussi les jeunes avec des instruments électriques comme la guitare, la batterie qui font une sorte de gnaoua moderne qui ne plaît pas à tout le monde », détaille Larbi.

Le raï, venu d’Algérie, rencontre un franc succès dans l’Est du Maroc. Il est inspiré de la tradition melhoun : le mot « raï » signifie « opinion », « point de vue ». « Les chanteurs racontent leurs malheurs et prodiguent des conseils dans leurs chansons pour ne pas que ceux qui les écoutent fassent les mêmes erreurs », commente Larbi, en connaisseur.

Les instruments qui accompagnent le raï sont l’oud, l’accordéon, le banjo et, depuis une quarantaine d’années, des instruments modernes tels que le synthétiseur ou la boîte à rythmes.

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